‹ Le fédéralismeChapitre 126 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Les générations processionnelles ne rentreront plus dans les tumultes de cette époque abandonnée oh les forces de l'histoire, comme les forces naturelles de l'époque tertiaire, s'essayèrent dans des ébauches colossales et monstrueuses. Les grands empires du monde antéchrétien sont aux peuples modernes et futurs ce que sont à la faune contemporaine ces ancêtres disparus qui encombraient de leurs clameurs et ébranlaient de leurs pas gigantesques la puissance des hautes forêts retentissantes, où de vagues formes agiles suspendaient déjà audessus d'eux, dans les branches froissées, la promesse et la menace de l'homme prochain.

Et si la lente correction des formes, brusquée de révolutions et de cataclysmes, n'a pas détruit tout entière la race des empires mylodons, âes sociétés mamouthes, des races felis-spelaea, du moins le travail opiniâtre des choses l'a sans cesse amoindrie et diminuée jusqu'à cette postérité mesquine où elle achève de mourir, méconnaissable à elle-même. Déjà, quelques types se sont tout à fait effacés, qu'on ne retrouve plus que dans les fouilles de l'histoire, attestés et décrits par de rares fossiles ; et ceux qui * survivent à l'époque de leur puissance, dépaysés, ahuris, s'afTaiblissent et s'évanouissent de jour en jour, pour la joie de nos yeux et de notre espérance.

Que veux-je dire par là, sinon que l'histoire civile reproduit analogiquement, dans sa marche, les mômes phases par où a passé, avant elle, l'histoire

naturelle? Sinon que ni Tune ni l'autre ne se retrouveront dans les formes délaissées par le développement de la vie? Gomme la terre, usurpée par les dynastes colossaux de la faune quaternaire, préparait occultement. contre eux une race nouvelle qui devait les remplacer, ainsi l'histoire ménageait contre les antiques races humaines une espèce nouvelle qui devait, après une série de luttes héroïquement continuées, les arrêter, les restreindre et, enfin, les renfermer dans Ténergie hostile d'un milieu nouveau.

Cette race, c'était celle à laquelle» nous appartenons, qui, la première, se sentit vraiment humaine, honora en elle-même l'humanité divine qu'elle inaugurait, et osa poser, devant l'antique Fatalité, la provocation de la Liberté; la race latine, la victorieuse des jours suprêmes, qui sera l'absorption irrévocable des autres races et la clôture définitive du règne des violents et des forts.

Oui : notre race, qu'est-elle dès qu'elle apparaît? — L'essai d'un type humain supérieur qui contraindra l'humanité antérieure à lui ressembler ou à périr I Cette race, maîtresse de la terre et y établissant l'égalité universelle dans la justice, c'est la dernière fin que nous puissions imaginer au mouvement de l'histoire; et cependant l'histoire ne. s'arrêtera pas la 1 • • • *

Il y a, sans doute, parmi les nombreuses variétés

de cette race, un type nouveau qui s'ébauche et qui prépare en lui la figure de temps lointains que nous

Page 1