‹ Le fédéralismeChapitre 127 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

ne pouvons pas même prévoir : où est-elle cette prophétie vivante d'un avenir invisible, même aux yeux de Tesprit? Est elle dans la famille latine? Le passé semble nous l'assurer : nulle famille humaine n*a été, jusqu'à ce jour, autant que la nôtre, soucieuse de l'avenir, inquiète de la dignité de l'hComme et laborieusement assidue à l'œuvre de la justice. Ah! c'est notre devoir à tous de communiquer à cette chère famille latine, par l'exemple èp nos efforts particuliers, cette vertu propagée qui, seule, élira l'espèce digne de produire une humanité plus humaine encore, — si humaine qu'elle en sera déjà presque divine !

Ne nous laissons pas enlever l'honneur de nos traditions par l'habile sophisme des doctrines étrangères qui voudraient troubler notre histoire, nous diminuer à nos propres yeux, afin que notre génie, intimidé et incertain de sa mission, fît hésiter à la tâche commencée nos volontés'et nos forces ; ne nous laissons pas persuader que le césarisme soit la maladie normale de notre race, le vice indélébile et organique qu'elle a apporté en naissant, et dont elle a, • de proche en proche, infecté toute l'humanité. Non! l'épidémie unitaire et impériale ne vient pas de nous; elle nous a atteints et amaladis, il est vrai* A' la science historique, il appartient de nous justifier en montrant les vraies causes de cette contagion et de ses progrès.

L'époque dite chrétienne — qui serait mieux nommée catholique — est une époque transitoire, tur-

bulentc et douloureuse, entre Tépoque des grands empires, dont Tempire romain est le dernier, et Tépoque de l'homme qui commence au xvi* siècle par l'affirmation des droits de la personne humaine. Dans cette période, l'idée unitaire, qui domine encore le monde sous la figure catholique — qui sera sa figurç suprême et dernière — s'essaie impuissamment à refaire sur l'ancien type impérial les grandes monarchies, bientôt fatiguées de leurs efforts à s'établir dans une autorité incertaine et irrespectée.

Qu'est-ce que le saint-empire germanique? Un fantôme qui n'a point de bras de chair pour retenir dans son étreinte les peuples impatients qu'il veut embrasser. Quelle est son autorité réelle sur les hommes et sur les choses? Quelle sa fin? — Et l'empire de Charles-Quint, combien de temps a-t-il duré? — Et les autres, où sont-ils?

Où sont-ils, Vierge souveraine ?

f'^ Mais où sont les neiges d'an tan ?

A mesure que nous avançons dans la période hu- ' maine, la brièveté croissante de ces empires montre l'épuisement de l'idée qui les créa. Elle ne peut plus s'incarner en de durables représentations : les formes vagues où elle essaie encore d'apparaître — combien changées, d'ailleurs, diverses, presque honteuses d'elles-mêmes ! — lui manquent rapidement, fugaces comme un souffle, inconsistantes comme un rêve.

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