LIVRE QUATRIÈME
Elles ne sont plus, comme Tempire napoléonien, que les aventures désespérées d'une force 'qui ne peut plus se connaître ni se saisir ; — si étranges, d'ailleurs, si affolées, si scandaleuses à l'homme moderne, qu'elles le stupéfient, comme une fantasmagorie; elles ne laissent pas que d'être périlleuses, sinon à l'humanité, du moins à un peuple ou à une race. Pourquoi? C'est qu'elle l'énervé par l'émerveillement fantastique de la vie écoulée qui, tout à coup, se réveille énormifiée par la distance et le travail prestigieux du souvenir. Que cette illusion soit mortelle à la nation qui s'y obstine, elle ne réussira pas à donner à ces empires l'affermissement de la réalité. Décidément, ces monstres ne peuvent plus vivre sous nos climats, et l'idée qui les animait expire en eux misérablement. Tout au plus a-t-elle pu, dans cette période catholique d'où nous sortons, maintenir contre les révoltes de l'individu l'unité spirituelle de l'Eglise , toujours combattue et furieuse, et se prévalant, comme d'une preuve divine de son droit, de cette terreur qui fut un coup d'Etat perpétuel confre l'humanité. Tout au plus a-t-elle pu, — en empêchant le travail de la liberté qui s'évertuait à constituer l'autonomie des peuples en provinces et en communes, — former, sous le nom de nationaliT tés, ces agglomérations despotiques qui détruisent, en effet, les vraies personnalités nationales.
Oue signifient, prises au sens de la lettre, ces agrégations qui s'intilulent « France, » — « Angleterre, y> etc. Quel sens .offrent ces vocables, sinon
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une injure pour les peuples qu'ils maintiennent dans rtiumiliante tradition de leurs défaites? Il n'est pas vrai que la France soit un pays germanique, qu'elle soit le pays des « Francs, » pas plus qu'il ne l'est que la Grande-Bretagne, escortée de l'Irlande et de l'Ecosse, toute peuplée de Celtes, soit le pays des a Angles ». Les noms d'Italie, d'Espagne, eux, ne sont point oppresseurs : ce ne sont que des dénominations géographiques qui ne préjugent pas au moins' l'avilissante soumission des peuples. Et ces titres « d'Autriche, » — « de Turquie, » — « d'Allemagne, » que sont-ils? Les étiquettes de la honte des peuples qui les subissent, les épitaphes tumulaires des races anéanties dans la souveraineté nominale de leur vainqueur.
C'est là une mauvaise besogne qui, à parler le langage de quelques-uns, fut nécessaire, puisqu'elle fut accomplie et qu'on ne peut empêcher qu'elle ait été. On peut dire, sans doute, que la violence des guerres et des conquêtes, en mélangeant ainsi tous les peuples, a préparé, en quelque sorte, l'unité morale d'où sortiront les fédérations futures. Et cependant, il faut que cette œuvre, soit détruite, que le démembrement des nations et des empires rende enfin aux peuples l'action spontanée de leurs affinités et de leurs instincts naturels qui, seuls, détermineront leurs groupements et leur union fédérale... « Ah ! — comme disait Jésus — que de guerres encore et que de bruits de guerre ! » Mais ne nous effrayons pas.
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L'Eglise dépossédée et desagrégée ; les nations, vieilles formes impies, secouées, démantelées par la liberté comme autant de prisons douloureuses oti la vie des peuples étouffait, emmurée et désespérée : tous ces tumultes et ceux qui les suivront sont les nécessités de ce recommencement que l'histoire annonce comme la « bonne nouvelle » de la vieille loi abolie...
Et voilà le véritable avènement de l'Esprit, l'accomplissement des promesses Latines !
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