‹ Le fédéralismeChapitre 129 sur 160 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les historiens delà Bourgeoisie. — Thiers. — Gùizot. M. Lanfrey. — Le Languedoc. — impudence des historiens. « scolaires ». — les Bourbons.

Le discours de Caveyrac, qui avait été écouté dans un silence respectueux que Carascause lui-même n'g^vait pas songé à interrompre, souleva parmi nous une longue rumeur d'approbation : il devint la thèse de notre entretien; chacun le reprenait, l'amplifiait de ses commentaires, le développait de ses réflexions Ce n'était pas une discussion — tout le monde était d'accord, — c'était un travail commun, une collaboration d'intelligences diverses sur une même pensée.

D'ailleurs, je condenserai, dans un bref résumé, la matière de cette conversation : en indiquer les idées principales suffit à l'objet de ce livre. Il serait inutile et téméraire de revenir, après Edgar Quinet qui en

a fait la critique avec une incomparable autorité, sur la fausse philosophie de ces systèmes. Ce qui nous intéresse ici, c'est la filiation des traditions et des idées qui, se définissant par la bourgeoisie, au fur et à mesure de son développement historique, se sont systématisées en une doctrine qui est l'antagoniste logique de l'idée fédéraliste.

Il appartenait à Massane, qui a fait de l'histoire son étude particulière, d'appuyer les considérations présentées par Caveyrac. Il le fit longuement, étendant à d'autres historiens, à Thiers, à Guizot, etc...., la critique que Caveyrac avait essayée sommairement de l'idée fondamentale d'A. Thierry; de nombreuses citations comparées révélèrent en eux des habitudes intellectuelles, des tendances passionnelles et instinctives, une éducation morale dont l'identité les groupait indiscutablement on une seule et même famille. Ils ne se distinguent les uns des autres que par des différences purement formelles qui, à mesure qu'on va au fond, s'atténuent, s'effacent progressivement pour se confondre enfin dans l'unité de la même substance. La philosophie banale et prud'hommesque de M. Thiers ne dit rien de plus, ne dit rien de moins que l'altier dogmatisme de M. Guizot, « ce sophisme vivant, » comme disait Massane, a en qui le protestantisme déshonoré s'est menti à lui-même. »

Mais combien M. Guizot est plus coupable, lui que la nature avait doué d'une intelligence plus grave et qui, parles attitudes de son style pauvre, mais digne,

Page 1