LIVRE CINQUIÈME
l'ail supposer qu'il était capable d'embrasser de plus hautes pensées.
Ensuite, poursuivant à travej's d'autres écrivains de cette école l'idée que Caveyrac venait d'exposer, il montra la monarchie absolue, admirée et proposée, dans ses 'pires attentats, comme la préparatrice de ces fameuses libertés constitutionnelles et parlementaires, où devait se fixer à jamais le mouvement providentiel" de notre histoire ; et, par contre, toutes les révoltes — par lesquelles le peuple ouvrier et paysan affirma son instinct, vaguement d'abord, et ensuite chaque fois plus précisément, contre tous les despotismes, — écrasées, méconnues, oubliées dédaigneusement, ou traitées, avec superbe et je ne sais quelle satisfaction féroce, par ces historiens que leurs rancunes et leurs préjugés de race rendent assourdis aux cris du peuple, aveugles à son sang et à ses bles^res, et assotis d'orgueil jusqu'à être incapables de saisir dans ses gestes la pensée confuse qu'il "^e sait pas encore exprimer.
Ces écrivains, si complaisants aux crimes des rois qu'ils magnifient comme- de profonds calculs du destin, si abondants en sophismes habiles ou cyniques pour transformer en une constante vertu le long et implacable égoïsme de leur race, sont sans pitié et sans intelligence devant les impatiences « du pauvre peuple », irrité contre les abus de l'exploitation armée qui le vole et qui le tue. Ils s'entendent toufe, non-seulement dans leur facilité honteuse à aimer chez les autres, contre eux-mêmes, l'iniquité et la
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force dont ils se sont emparés à leur tour : ils s'entendent surtout dans la haine de la démocratie, daùs la peur des idées nouvelles qui, bientôt, couvriront de leur inondation féconde cette terre qu'ils ont avidement épuisée et fatiguée de leur paresseuse insolence, et impitoyables, blanchie de la stérilité poudreuse des ossements.
« Je ne suis pas, je ne serai jamais le flatteur de la multitude, s'écrie M. Thiers. Je me suispromis, au contraire, de braver son pouvoir tyrannique, car il m'a été infligé de vivre en des temps où elle domine et trouble le monde i. w'Et, cependant,M. Thiers, hautement, se réclame de la Révolution; il croirait l'avoir accomplie tout entière, s'il instituait, avec le régime parlementaire solidement établi, l'incontestable gouvernement des classes dirigeantes. M. Guizot affirme la môme idée avec ce cynisme d'insolence qui reste, après totit, la seule vertu évidente^e cette âme emphatique, corruptrice et médiocre. « Le parti républicain — cela a été dit en pleine Chambre en 1831 — c'est la collection de tous les débris, c'est le capiit mortuum de tout ce (|ul s'est passé chez nous de 1789 à 1830, c'est la collection de toutes les idées fausses, de toutes les mauvaises passions, de tous les intérêts illégitimes — le mot est précieux! — qui se sont mêlés à notre généreuse Révolution et qui Tont corrompue quelque temps, pour la faire échouer quelque temps aussi... » Mais, en revanche, la révo-