LIVRE CINQUIÈME
ques occasions, innocemment, saïis qu'il s'en doute, M. Lanfrey manque à la belle logique du système. Quand, par exemple, il malmène les légistes ^ que fait-il? Il est en contradiction avec l'enseignement des maîtres qui dans ces sophistes, assidus collaborateurs de la royauté, ont célébré les aïeux, les messies de l'esprit qui se continue et se divinise en eux-mêmes, les préparateurs providentiels de l'idée qu'ils servent et qui est l'idée suprême de l'humanité. M. Lanfrey est au faîte d'un édifice achevé, et déjà, à vrai dire, un peu ébranlé du temps ; il n'est pas charitable à lui, ni prudeot, de méconnaître les architectes qui ont dessiné le plan qui s'est élevé
1. I^a page est curieuse à citer : — « Les jurisconsultes, race c< à la fois impérieuse et servile, patiente, humble devant l'em- « pire... timi4e avec l'air du commandement, odieux ou insen- « ses avec les formes de la plus vénérable gravité, médiocres <^ en toute chose, hormis en un point, la résistance et la con- <'^ servation. ennemis par système et par tempérament de toute « innovation, surtout si elle constitue un progrès, amis de tou- « tes les tyrapnies, pourvu qu'elles aient une apparence de lé <■< galité. esclaves plutôt qu'interprètes des lois dont ils connaig- « sent le mieux l'iniquité, et semblables à ces prêtres qui finissent « par croire aux idoles qu'ils font parler!.... * » Le portrait esi ressemblant, non point seulement aux légistes, mais à leur postérité — à la bourgeoisie. La voilà bien, telle qu'elle nous apparaît, avec tous les caractères de sa domination hypocrite et implacable. On la reconnaît tout entière dfins ses aïeux : on les retrouve en elle, perfectionnés, amplifiés par une longue expérience d'égoïsme et d'iniquité,
♦ SUtQire politique tfes Pqpeit, p, 184, 183,
jusqu'aujourd'hui 'étage par étage, ni de mépriser les pierres de fondations qui sont la force et la sûreté sur lesquelles il est assis.
Certes, un Languedocien ne peut que lui savoir gré de la justice qu'il rend à l'esprit politique de notre patrie. « La doctrine des Albigeois, dit-il, était (( surtout populaire dans la province où la Réforme « devait jeter, plus tard, ses plus profondes racines, « je veux dire dans le Languedoc. Cette terre fé- « conde, qui a fourni tant de héros à toutes les « guerres de la liberté française, était alors le ber- « ôeau du libre examen, comme elle avait été déjà « celui de notre poésie, et comme elle fut ensuite le <( seul asile que les franchises politiques aient eu « avant la Révolution. » Mais est-il sûr que cette sympathie pour un peuple dont le sang passionné ne s'est jamais lassé de couler pour la liberté, ne démente point i< le système », — « la Doctrine » ?... Car, enfin, de quoi M. Lanfrey nous loue-t-il, sinon de vertus qu'il devrait détester, puisqu'elles ont fait de notre histoire une implacable résistance à l'unification politique comme à l'unification religieuse?.... Comment M. Lanfrey peut-il nous savoir gré de nos réformes et de nos autres révolutions, et, en même temps, applaudir, dans Richelieu, l'exterminateur des dernières libertés qui, toutes, s'étaient raniassées dans la cause protestante, faisaient corps avec elle, à la fois contre le clergé et contre la royauté? « Lorsque Richelieu, dit-il dans le môme ouvrage, « anéantit les calvinistes, il frappa en eux, non une