LIVRE CINQUIÈME
Mais quelle erreur de transformer en démocrate ce fourbe aventurier qui disait hypocritement: « Tout pour le peuple, rien par fe peuple. »
Massanë, après avoir appuyé sur cette (JUestion plus que je ne le puis faire ici, montria la pensée « des maîtres » dont il s'était occupé, descendue dans renseignement par la complicité des écrivains scolaires. A ceux-ci les mensonges les plus audacieux ne coûtent pas pour appuyer la doctrine. C'est ainsi que Tun d'eux invoque, pour prouver les bienfaits de la monarchie absolue, la prospérité intérieure de la France sous les Bourbons! « La royauté, par les mains de ses grands ministres, Sully, Richelieu, Mazarin, va devenir absolue : elle va se personifier dans Louis XIV ; elle va donner à la France là prospérité au dedans, la grandeur au dehors, et légitimer ainsi son autorité ! »
Il faut même quelque chose de plus que de l'audace pour oser parler de la prospérité publique sous le roi des Dragonnades, le roi du Père Letellier et de la Maintenon !
Le même historien^ saiâi d'enthousiasme pour l'unité administrative, dont l'ancien régime nous a légué l'insupportable héritage, affirme avec le même aplomb que, « dans ce grand travail d'administration, les Bourbons se montrèrent toujours intelligents, progressifs, animés du désir du bien ».
Quoi I cette dynastie vindicative et égoïste, qui a fait peser sur la France des tyrans aussi exécrables que les pires des Césars! cette famille qui com^
2o2 LE FÉDÉRALISME
mence impudemment par un pipeur éhonté et astucieux pour être châtiée enfin, comme elle le méritait, en un benêt timide, malveillant et perfide ; quoi I un Henri IV, un charlatan qui abjura la Révolution du xvi® siècle dont il s'était servi, moindre à la fois et pire que Napoléon qui trahit comme lui la Révolution du xviii*' ; quoi ! un Louis XIII, sinistre massacreur du Béarn et de la Rochelle, méchant homme et lâche, digne élève des jésuites, qui se servit du bras de Richelieu pour assommer les libertés communales et provinciales ; quoi 1 un Louis XIV, vaniteux et majestueux histrion qui s'égalait au soleil, Louis XIV le plus terrible, le plus implacable des proscripteurs, qui mérita d'être comparé, par son clergé, insatiable de ruines et de supplices, à Théodose, destructeur du paganisme ; quoi I un Louis XV, à la fois empuanti de débauche et de sang, le lâche vaincu de Rosbach, le Tibère du Parc-aux-Gerfs qui achetait de ses prêtres l'absolution par des proscriptions et des assassinats; quoi! un Louis XVI, cet imbécile qui ne sut pas comprendre. Turgot, ce béat hypocrite, onctueux conspirateur qui, avec de beaux serments et de grandes promesses à son. peuple, le vendait en dessous-main à l'étranger; quoi ! — puisqu'il faut compter ceux-ci -encore, — un Louis XVIII qui négocia avec la coalition notre ruine morale et politique, notre déshonneur et notre misère ; le menteur de la Charte ; le roi des massacreurs du Midi ; l'inventeur des cours prévôtales ; le chef des pelotons d'exécution qui fusillèrent Ney et Labédoyère, et