LIVRE GliNQUIÈME
tant d'autres; quoi! pour finir enfin par Fodieux et le grotesque mêlés, un Charles X, galant stupide et cagot qui tenta délivrer la France, pieds et poings liés, aux rancunes et aux pilleries de ses gentilshommes et de ses jésuites.... Quoil tous ces princes aventuriers, arrogants ou timides, mélancoliques ou furieux, astucieux ou hébétés, mais tous retors, tous perfides, tous traîtres, tous parjures, tous sanglants, tous implacables,... ils ont eu le souci de la gloire nationale, qu'ils ont déchirée et jetée sanglante de sang français sous les pas boueux de l'étranger? Ils ont eu l'amour du progrès, eux qui, par les mains furieuses de leurs prêtres et de leurs nobles, ont fait reculer l'Etat pesamment, sur les poitrines haletantes et mutilées du peuple?... A qui conte-t-on cela? et quel nom mérite le mensonge quand il est arrivé h cette impudence! Mais, en efi*ct, toutes les débauches dont ils ont démoralisé la France, tout le sang versé dont ils l'ont aff'aiblie, toutes les richesses dont ils l'ont dévalisée par leurs voluptés ou leurs proscriptions, toutes les hontes dont ils l'ont déshonorée par leurs stupides défaites ou leurs pactes ignominieux, tout cela l'historien l'oublie! Il ne tient compte de cela : ce sont fadaises et bagatelles. Il
reste là, admiratif, les yeux écarquillés, la bouche
béante sur ceci : l'unité administrative!.... Ils ont donné à la France l'unité administrative! Cela lui suTlit : un tel bienfait efface tous les crimes : c'est affaire à de mesquins moralistes de les leur reprocher : V historien, Ixn, voit de plus haut, et en plus grand '
Et ces mensonges sont d'autant plus criminels qu'ils s'adressent à la jeunesse qui n'est point à même de vérifler les assertions de l'historien qu'on lui impose. Car qui a écrit cela? M. Théophile Lavallée. Le talent très-inférieur de cet heureux compilateur, son peu d'originalité, en l'excusant, accusent de ses doctrines les écrivains auprès desquels il s'est informé.
En fin de compte, que sont ces doctrines? La justification de ce fameux axiome que M. de Bismark fit insolemment peser sur la France humiliée : La force prime le droit l De bonne foi, est-ce que ce système ne se résout pas à cette formule impie dont le monde a été indigné? Par là, ces historiens ont été réellement complices de l'abaissement et de la ruine de leur pays : c'est leur système qui s'est retourné, tout armé, contre nous. Puissent nos douloureuses épreuves et le scandale du monde nous arracher enfin aux suites périlleuses de cette idée qui, je le crains bien, n'a pas encore fini de troubler et d'avilir notre destinée.