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CHAPITRE II

Comme quoi la Bourgeoisie a fait dévier le mouvement des communes.

Coullondre, ce méditatif mélancolique, toujours triste de tant de rêves meurtris, de tant de théories traversées par sa pensée curieuse et sincère, inquiète et douloureuse — enfin apaisée dans le fédéralisme, — Coullondre reprit, à son tour, la question de la Bourgeoisie.

— Selonlui, laBourgeoisie était coupable; elle eût pu, si elle eût véritablement compris le mouvement communal dont elle prit Tinitiative, dater du xii° siècle le commencement de notre liberté. Mais elle accapara et dénatura à son profit l'idée d'afi'ranchissement local; son avarice et son égoïsme se montrent h plein dans cette grande révolution qu'elle fit avorter en unité et en despotisme, comme elle tâche de le faire encore de la grande révolution du siècle der-

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nier. La commune a été, pour elle, une arme conlre la noblesse qu'elle enviait, qu'elle jalousait, et dont elle était, à vrai dire, très-vexée et pressurée.

Je ne Taccuse pas, — ajouta-t-il, — entendez-le bien, d'avoir tenté de détruire la féodalité : c'était la condition même de son existence; je l'accuse d'avoir fait l'unité monarchique et d'être la véritable créatrice de l'autorité royale. Qu'avait-elle besoin de faire cette destinée à l'ambitieux seigneur du Parisis? Est-il bien vrai qu'il ait été si avantageux que tous ces tyrans locaux, qu'on eût détruits les uns après les autres, aient été dévorés par un seul tyran qui, de toutes ces forces, s'est fait une force unique sans cesse accrue et toujours plus avide ?

Ne pourrait-on penser que la liberté est plus facile à concevoir et à établir pour des peuples morcelés par la tyrannie féodale, qu'elle ne l'est pour -ceux qui ont été violemment ramassés et écrasés par la formidable étreinte royale en une difforme unité? Une longue puissance monarchique fortifiée d'un prestige d'autant plus grand qu'elle est plus lointaine, presque invisible et intangible aux peuples avec lesquels elle ne communique que par des intermédiaires, est d'une éducation pire que l'habitude impatiemment supportée d'une tyrannie locale, qu'on voit de ses yeux, qu'on touche de sa main, et dont l'autorité diminue chaque jour par des guerres continuelles qui l'affaiblissent, par des rivalités avec les maisons voisines et égales qui l'humilient, enfin par tous ses excès et ses désordres vus et sentis directement.

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