‹ Le fédéralismeChapitre 138 sur 160 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Et les peuples (rhistoire des communes le prouve abondamment) pouvaient espérer de racheter petit à petit de leurs seigneurs affaiblis ou obérés leur liberté et leur indépendance. Le mouvement communal, que Talliance de la royauté rendit incapable de fonder même la liberté civile, se fut ainsi développé dans sa tendance naturelle, qui est Tautonomie natio" nalc et la liberté politique. Car le peuple, qui déjà s'y mêlait et s'y fut mêlé de plus en plus, en activant cette révolution vers sa conséquence logique, Teût empêchée de stationner dans l'état où la voulait fixer la bourgeoisie; que cherchait celle-ci dans l'alliance des villes régies oligarchîquement et dédaigneuses des populaires, sinon un pacte commercial qui leur assurât mutuellement aux unes et aux autres, la sécurité de leur commerce? C'étaient des ligues ayant pour but la garantie contre un ennemi et un danger communs, plutôt que des confédérations. Par exemple, l'alliance des six villes, Worms, Mayence, Spire, Fi'ancfort, Gelnhausçn, Friedberg, qui fut dissoute en 1226 par Henry, avait été spécialement contractée contre l'évêque de Mayence. Ces sortes de cités étaient unies pour les choses de la paix ou de la guerre; leurs juges et leurs échevins composaient une sorte de conseil à l'arbitrage duquel étaient soumises les discussions et les difficultés survenues entre elles.

On peut dire que là, ainsi que dans le groupe des villes qui formaient la ligue hanséatique, une première idée apparaît déjà du principe fédératif ; mais

que cette idôe était primitive et que la bourgeoisie était incapable de la développer! Il ne fallait rien moins que Fintervention de Fénergie populaire pour la rendre vivante et créatrice, et en réaliser la vertu dans une société vraiment indépendante et libre I

Je n'insiste pas sur ces considérations, auxquelles j'en pourrais joindre beaucoup d'autres, pour démontrer que l'anarchie féodale était une meilleure préparatrice à la liberté que la monarchie unitaire et constituée. Il serait temps d'étudier ces questions historiques en dehors de l'esprit qu'on y a porté jusqu'aujourd'hui. Quand donc aurons-nous des historiens qui consentiront à être démocrates dans le passé comme ils le sont dans le présent, et qui abandonneront enfin l'histoire telle que l'a faite la Bourgeoisie pour l'histoire directe du peuple même et des idées démocratiques !

Où serait la France, s'écriera-t-on, sans ce travail unitaire de la Bourgeoisie ? — La France se serait formée autrement; par une fédération communale qui se fut étendue, de proche en proche, au-delà peut-être du territoire qui la compose aujourd'hui. La Bourgeoisie n'a jamais eu, n'a pas encore acquis, n'acquerra jamais le sentiment de la liberté politique; les choses civiles, seules, la préoccupent, et ces sortes de libertés nécessaires au trafic et à Tagiotage, à quoi elle est spécialement destinée.

Mais les libertés qui pourraient profiter autant aux autres qu'à elle-même, elle n'en veut pas : elle a toujours visé à gouverner et à diriger. Elle s'est

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