LIVRE CINQUIÈME
nommée classe dirigeante. Au xii® siècle, incapable de s'entendre et de former entre ses diverses communes une alliance mutuelle qui eut eu raison des seigneurs, déjà peureuse égoïstement de mêler le peuple à ses affaires, craignant qu'ayant participé aux luttes il ne voulut participer au bénéfice, elle préfère, à une liberté acquise courageusement par ses propres efforts et profitable à tous, des grâces et des privilèges concédés à prix d'argent et protégés par une force qu'elle crée elle-même et qu'elle accroît sans cesse. Elle sera telle tout le long de son histoire : tour à tour alliée ou hostile aux despotes, selon qu'ils partagent leur puissance avec elle, ou lui imposent l'égalité de la commune servitude.
. Ce roi de France qu'elle a fait tire un habile profit de ses propres passions contre elle-même et les ennemis qui l'inquiètent et le gênent. Il sent ce qui sortirait de périlleux pour lui d'une entente généreuse de la Bourgeoisie et du Peuple ; sa politique réussit à éloigner celui-ci de celle-là, et à les irriter l'un et l'autre jusqu'à une irréconciliable inimitié qui l'assure contre tous deux. Aussi cette fatale alliance de la Bourgeoisie avec la Royauté acheva de pervertir celle-là, qui acclama dans le Roi le restaurateur de sa chère unité césarienne et de la grande machine impériale.
Par là, toutes les révolutions bourgeoises ont été frappées d'incapacité : elles ont généreusement annoncé les plus beaux principes et les idées les plus
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révolutionnaires ; elles n*ont pas su, ou n'ont pas pu, ou n'ont pas voulu les réaliser. Son ogoïsme a averti cette classe transitoire qu'au triomphe des doctrines proposées témérairement au peuple, elle perdait le profit de la Révolution ; et ce profit, quel était-il? De remplacer dans sa puissance la caste qu'elle tendait à renverser. Je ne dis point que cet égoïsme fût raisonné, volontaire : il était instinctif. Ni les vertus ni les hommes extraordinaires n'ont manqué à la Bourgeoisie; mais ses révolutions, faites pompeusement au nom de la Liberté, contenaient un principe contradictoire qui les démentait et devait finir par les détruire.
Qu'a gagné Jacques Bonhomme à l'affranchissement des communes bourgeoises? Beaucoup, sans doute, par l'enseignement de révolte et le désir de liberté qu'elles lui ont donnés ; mais, directement, rien. Notre ami Cavayrac a eu raison de dire que le petit peuple (paysans et ouvriers) ne gagne pas beaucoup de passer de la domination féodale à la dominatinn des communes, que le pauvre Jacques Bonhomme, dans le demi-réveil de sa conscience, remplie de rêves vagues et de visions prophétiques, essaie de remuer un peu de la' place où on l'a attaché, qu'il se promène naïvement par groupes, proclamant son espérance et annonçant que la parole évangélique va être accomplie, qui a dévolu le nouveau royaume céleste aux pauvres et aux humbles; le Roi, le Royaume, le Noble, se rueront à la fois sur le misérable et l'envelopperont d'une fureur impi-