‹ Le fédéralismeChapitre 140 sur 160 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

toyable dont il restera meurtri et saignant, effarouché, tremblant pour des siècles.

Maintenant, qu'importent les fâcheries, les querelles de la Bourgeoisie et du Roi I Tune voulant parta-, ger Texercice du pouvoir absolu, l'autre le voulant détenir tout entier? Qu'importe que la royauté, sans changer d'essence pour cela, devienne, avec le parlementarisme, de. personnelle, oligarchique? Qu'importent les longues vicissitudes de la rivalité de la bourgeoisie et de la noblesse qui, chaque fois, descend de l'aristocratie qu'elle était autrefois, à n'être plus que la domesticité du prince? Qu'importe que l'ancienne noblesse féodale, détruite par la bourgeoisie, se soit relevée, en celle-ci, en féodalité financière? Qu'est-ce que le peuple a gagné à ces que-: relies? Qtfi, sinon quelques grands esprits généreux que leur charité pour l'espèce humaine met en dehors des classes et des temps, qui a eu véritablement pitié du « povre peuple »? Qui s'est inquiété de lui pour lui-même, pour son bonheur! Prenez garde de vous méprendre à ces plaintes qui ont l'air de lui être charitables : quand la royauté et la bourgeoisie s'aperçoivent qu'il en est réduit h une misère insolvable, et qu'à la pression il n'en sort plus que du sang et des larmes au lieu d'écus, alors, elles parlent, oui, de le soulager un peu des tailles ; mais est-ce par pi tié? Non point! C'est par intérêt et avarice : il faut bien ménager en lui le principal producteur de l'impôt; s'il meurt tout à fait, le pauvre Jacques, le travail mourraavec lui, et où trouveront-elles de l'argent?

Le (( bon » Henri IV, le « farceur » de la poule au pot, Tavoue clairement, lui ; écoutez : « Quoy donc ? dit-il, si on ruyne mon peuple, qui me nourrira? Qui \outiendra la charge de l'Etat? Qui paù^a vos pensions? »

Cette unité politique et administrative façonnée par la collaboration du roi et du bourgeois, par combien de misères et de ruines, par combien de Frances généreuses, impitoyablement massacrées, Ta-t-on imposée à cette France nouvelle qui a failli y perdre toutes ses vertus et tout son génie ! Exécrable cauchemar qui épuise Fâqie haletante, que cette histoire de la vieille France où Ton voudrait nous montrer la main de la Providence ! Et par quelle série de mensonges, d'idées mises en avant et trahies aussitôt, la bourgeoisie s'est-elle avancée en cette domination sous laquçlle elle prétend immobiliser le monde I

C'est là, si je ne me trompe, le vrai caractère de la bourgeoisie ; elle a eu , encore une fois, comme d'inspiration, quelques idées vraies et justes ; mais son égoïsme qui l'a empêchée de les mener jusqu'à leur fin logique les a presque immédiatement faussées par la pratique. Il est facile à ses apolo gistes de montrer en elle l'initiatrice des principes dont la démocratie s'est emparée, mais, race intermédiaire, amphibie, en quelque sorte, entre la noblesse et le peuple, elle n'a pas plutôt affirmé les principes qu'elle travaille en hâte, à en restreindre la réalisation, et à les détruire, petit à^petit, par une politique extérieure [et hypocrite. La noblesse, que

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