LIVRE CINQUIÈME
le suffrage universel Ta commencée; il ignore encore ses droits, il est encore peureux de sa puissance. La démocratie qui, par lui, s'initie aux affaires, n'a pas osé, sinon en quelques penseurs hardis et en tentatives violemment réprimées, s'affirmer dans toutes ses conséquences.
Il y a entre la pratique du régime constitutionnel, tel qu'il a été installé par la bourgeoisie, et Texercice sincère et vraiment actif du suffrage universel, une incompatibilité qui les gêne Tun et l'autre et qui n'a pas encore été déterminée. La stricte raison dit que la démocratie ne peut subsister dans une forme qui a été inventée pour une destination tout autre : la domination oligarchique d'une classe particulière.
Il faut que la nécessité de se mettre en harmonie avec le suffrage universel, principe nouveau qui la crée et la justifie, transforme radicalement la représentation nationale. Elle ne peut plus être considérée comme inégale et supérieure à la masse des citoyens dont elle sort; elle n'est point une volonté qu'ils fondent au-dessus d'eux et auprès de laquelle ils démissionnent de la leur ; elle est leur volonté qui se continue et qui s'incarne, gardant le droit de se réviser, de se modifier et de se corriger. Comme c'est l'ensemble des pouvoirs réunis dans la même main qui fait la tyrannie, il s'agit d'opérer la division de ces pouvoirs, en restreignant les fonctions de l'Assemblée, et surtout en réservant aux électeurs, vis-à-vis d'elle, un droit perpétuel de contrôle, d'appel et de dissolution.
— « Très-bien ! très-bien! dit Lhoras — Ah! si la grande Révolution eilt compris les Girondins, le régime représentatif ne serait point cette fiction déshonnôte, que vous avez décrite, CouUondre. Je me souviens d'un discours de Vergniaud, prononcé le 31 décembre 1792 où, déjà, la perpétuité du droit populaire est réclamée contre les usurpations de la Convention. CouUondre ne regrettera, ni aucun de nous, je suppose, la citation d'un passage qui m'a frappé particulièrement. Il est curieux et précieux de comparer, à cette distance de temps, les différentes expressions de la même idée. « La souveraineté du peuple — dit ce grand orateur qui n'était pas, lui, un bruyant débiteur de lieux communs, — c'est le pouvoir de faire les lois, les règlements, en un mot tous les aotes qui intéressent la félicité du corps social.— (Remarquez ce mot félicité, je vous prie : Vergniaud ne pense pas que le pouvoir, dont le peuple investit l'Assemblée, doive s'exercer pour la domination, mais pour le bonheur public.) — Le peuple exerce ce pouvoir ou par lui-même ou par des représentants; dans ce dernier cas, et c'est le nôtre, les décisions des représentants du peuple sont exécutées comme lois ; mais pourquoi? -Parce quelles sont présumées être r expression de la volonté générale. De cette présomption dérive leur force, de cette présomption dérive le caractère qui les fait respecter, — D'où il résulte que le peuple conserve comme un^ droit inhérent à sa souraineté, celui d'approuver ou de désapprouver; d'où il résulte que, si la volonté, présumée ne se trouve pas con-