‹ Le fédéralismeChapitre 148 sur 160 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

forme à la volonté générale y le peuple conserve comme un droit inhérent à sa souveraineté celui de manifester son vœu, et qu'à V instant oU cette manifestation a lieu, doit disparaître la volonté présumée, c'est-à-dire la décision de l'Assemblée nationale. Enlever au peuple ce droit, ce pouvoir, ce serait le dépouiller de sa souveraineté, la transférer par une usurpation criminelle sur la tête des représentants quil aurait choisis : ce se» 7^ ait transformer ces représentants en 7*ois ou en tyi^ans. » Les Jacobins, les Robespierristes, les rhéteurs sentimentaux se proposaient d'imposer au peuple le règne « de leur vertu » emphatique, inquisitoriale et niaise : les bourgeois farouches de la Montagne furent incapables de comprendre et d'aimer cette grande liberté, vraiment démocratique, devant laquelle les convoquait et les citait le grand orateur girondin. Mais continuez, Coullondre : je ne veux point, comme on dit, passiontier le débat par des colères que d'aucuns jugent rétrospectives, comme si ces grandes luttes historiques, où s'agite le sort de deux idées ennemies, étaient du passé et n'étaient pas au contraire toujours présentes , [toujours actuelles , tant que la cause de la justice n'aura pas triomphé!

— « Oui! oui! cria Nabrigas; laissons les Jacobins maintenant, val nous les retrouverons bien tout à l'heure. »

L'indignation de Nabrigas, toujours prêt contre les Jacobins et les unitaires, les centralistes de toute couleur et de toute nuance, souleva une hilarité

joyeuse et amicale à laquelle il se mêla lui-môme de bon cœur.

Coullondro reprit :

« Il n'y a que le fédéralisme qui assure au peuple ce droit d'intervention ; dans ce système, la souveraineté populaire est toujours en activité; elle s'exerce continuellement, montant de la commune au conseil exécutif, et du conseil exécutif redescendant à la commune. Là, point d'Assemblée qui concentre en elle, souverainement, presque infailliblement, l'autorité éparse et vivante dans tous les citoyens. Le gouvernement deU'Etat ou, pour mieux dire, l'administration de la chose publique, se fractionne en une multitude de fonctions qui se limitent, se contrôlent, se pondèrent mutuellement. Les pouvoirs de l'Assemblée nationale, strictement définis par la loi et bornés à la simple gestion des affaires générales de la République, ne peuvent usurper sur les droits du peuple ni attenter à la liberté des cantons et des communes.

A côté de cette première Assemblée qui, élue proportionnellement au nombre de la population, représente la masse indistincte et indivise du peuple confédéré, une autre assemblée oh. chaque canton considéré comme souveraineté distincte envoie un nombre égal de députés, est chargée de garder, de défendre, de protéger la libre personnalité des cantons associés. Ainsi sont doublement affirmées l'unité morale qui fait les nations et les libres autonomies locales qui font les libres Républiques. Ce n'est

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