‹ Le fédéralismeChapitre 15 sur 160 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

La jouissance d'interpréter Fesprit de la Révolution et d'éclaircif par la discussion la pensée qui vit en chacun de nous, nous réunit souvent quelques amis et moi. Nos théories particulières, nos systèmes personnels, attirés et maintenus par la môme force centrale, ne s'écartent point du principe autour duquel ils gravitent harmonieusement : ils se distinguent les uns des autres, sans se séparer. La diversité de nos caractères, de nos éducations, de nos passions et de nos goûts^ apporte à réclaircissement de l'idée unique que nous confessons, des sentiments et des aperçus par lesquels cette idée est aimée, observée et comprise dans chacune de ses manifestations. La conscience individuelle qu'en a chacun de nous, aidée par le concours de ces con-

sciences parentes, arrive à l'embrasser enfin avec la puissance d'une conscience collective. Notre foi n'est point une unité dogmatique, impitoyable aux opinions personnelles, mais une harmonie résultante des interprétations particulières que suscite dans le cœur et dans l'intelligence de chacun la contemplation passionnée de la pensée commune.

Quelle est cette pensée? Quelles en sont ces interprétations diverses? — Ce livre ayant précisément pour objet d'en poursuivre la définition à travers la controverse des opinions, je ne répondrai point ici à la question du lecteur.

Ceci est une sorte de drame intellectuel dont le dénoûment est la détermination d'une doctrine. Les divers personnages ne seront présentés qu'au fur et h mesure que les incidents et les nécessités de l'action les obligeront à paraître sur la scène. Mais cette scène, oh est-elle? Ce drame intérieur dont les péripéties et les incidents sont des pensées et des sentiments, n'a-t-il d'autre théâtre que les pays incolores et arides de la raison abstraite? Dieu merci, non ! Les sentiments et les pensées y vivent d'une vie bien réelle, en chair et en os, dans des hommes dont je pourrais montrer les photographies aux incrédules, et qui ne se ressemblent que par l'opinion dans laquelle ils fraternisent; car en chacun domine une faculté maîtresse dont l'originalité s'imprime à sa doctrine. L'un est poëte, il voit l'idée par l'imagination; un autre l'étudié par la raison; un troisième l'étreint par la passion.

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