LIVRE CINQUIÈME
présentatif, et que la Bourgeoîsie qui s'imagine avoir inventé ce régime et qui en fait tant de bruit a été incapable de le comprendre et de le poussera ses conséquences logiques, jusqu'où il devient vraiment la liberté, c'est-a-dire le gouvernement de tous par tous.
Ne vous semble-t-il pas que nous devriods aujourd'hui en rester là, et que c'est une tâche suffisante d'avoir amené à cette conclusion l'analyse historique que nous avons poursuivie de l'Idée Fédérative? L'exposition de l'organisation fédéraliste est une autre tâche, distincte de celle que nous venons d'accomplir, et qu'il est bon d'ajourner.
Ce n'est pas tout d'avoir démontré l'incapacité de la tradition centraliste et unitaire — de la tradition bourgeoise, — à assurer la liberté. Il faut démontrer encore que la pensée fédéraliste n'est pas une pensée abstraite, mais la résultante de l'Histoire Romane, la tradition positive des peuples méridionaux, — ouvriers et paysans — et que l'avènement progressif des classes populaires annonce Vère des fédérations, comme dit Proudhon, et la reconstitution de notre race. Il faut prouver que l'Idée fédérative est notre idée ethnique, que les Peuples Latins, chez qui elle commence à se formuler, l'ont prophétisée dans toutes leurs Révolutions ; que la tendance générale de leur histoire en est la révélation constante.
Cette seconde partie de la tâche que nous nous sommes donnée, doit s'ouvrir logiquement, à mon avis, par la discussion de ce fameux principe de na-
tionalité qui a tant remué notre siècle. Là encore, nous constaterons TinArmité de la conscience bourgeoise qui a eu la demi-gloire de deviner ce principe, mais aussi la honte de Tabandonner avec épouvante, sitôt qu'elle en eût aperçu les conséquences révolutionnaires.
Ainsi l^idée de patrie enniaisée dans un chauvinisme emphatique,
L'idée de nationalité fourvoyée dans un labyrinthe de sophismes et de fourberies dialectiques;
L'idée de commune piteusement avortée en une centralisation, destructrice des communes ;
L'idée représentative falsifiée et aboutissant triomphalement à ceci : l'asservissement légal du Peuple, par le Peuple,
Voilà le bilan politique des classes dirigeantes !
Comment auraient-elles compris en effet l'idée de nationalité — qui est une idée essentiellement fédéraliste, — elles pour qui les nations ne sont que des agrégations constituées par la ruse et par la force, et dans lesquelles cent nationalités suffoquent et agonisent, horriblement étranglées dans les liens d'une unité oppressive et meurtrière!
Pour nous, les nationalités sont des individualités historiques, déterminées par leurs caractères philologiques ou ethnologiques, et par leur propre conscience surtout; c'est-à-dire qu'il n'appartient point ii l'Etat, — quel qu'il soit. République ou Monarchie, — de grouper ces personnalités collectives en empires engloutissants où elles disparaissent, enfin, rui-
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nées et évanouies! Les nations, dans une confédération, sont des personnes civiles et politiques, au même tilrc que leurs propres citoyens sont, par rapport à elles-mômos, des personnes politiques ou civiles. Mais la formation d'un groupe national est un fait de liberté qui est au-dessus de tout gouvernement, — quel qu'il soit, — et le gouvernement est en rébellion contre la justice qui prétend disposer, sans leur consentement, des divers peuples de son territoire, déformé à son caprice, en arbitraires divisions administratives. Il a le devoir exprès de respecter le génie et la liberté de ces nations comme de respecter la liberté et les aptitudes des citoyens. — L'atroce cruauté que de traiter comme une vile matière inerte et qui ne souffre point, qu'on peut mutiler el charcuter à plaisir , ces collectivités si vivantes et si sensibles, qu'on appelle des nations! Croient-ils donc façonner un peuple uh, comme ils disent, en ajoutant bout à bout, en ligaturant les uns aux autres, des membres épars de nations détruites, tronçonnés h coups de couperet sur le billot saignant de leur unité!...
Les peuples tailladés et victimes ne saignent ni ne pleurent? — Demandez-le à l'Alsace et à la Lorraine, coupées de la France; demandez h la France, estropiée de l'Alsace et de la Lorraine !...
Le principe de nationalité, voilà donc, mes amis, le principe d'où nous devons partir pour achever déductivement la définition de l'Idée fédérative : depuis la Commune — première patrie qui seule a le droit
de faire la nation en s'agrégeant contractuellement selon ses affinités naturelles à d'autres communes ; — nous gravirons la succession de notre Idée, par la nation qui est la Province, c'est-à-dire Tassociation de communes égales et libres, — par TEtat qui est la confédération des nationalités provinciales libres et égales, jusqu'à la Fédération universelle de notre race, apaisant et conciliant souverainement, dans la mutualité d'une liberté fraternelle, ses mille peuples, si longtemps séparés parle hasard des victoires et la perversité des princes, ou, ce qui est pis encore, accouplés par la force à d'autres peuples dans d'odieuses promiscuités! -— Et bientôt, mes amis, — nous l'entendrons, je vous le dis — de tous nos pays, de toutes les mottes de notre terre romane, jaillira, dans uiie acclamation unanime, la paix fédérale de la République Latine ! »
Etions, nous nous levâmes pour saluer par un vivat enthousiaste l'espérance magnifique de notreami; et, certes, à ce moment, cette grande paix romane était réalisée, vivante ^ans toutes nos consciences f...
Il n'y eut point d'avis contraire à celui de Coullondre ; il fut donc convenu que l'on se retrouverait de nouveau pour exécuter entre nous le plan qu'il avait ébauché. L'émotion de la patrie universelle, entrevue dans la splendeur de ce rêve, palpitait encore dans tous les cœurs, quand de Valaure nous fit signe de la main ; et nous nous tûmes pour l'écouter, car nous sentions à ses gestes et à ses regards que toute son âme patriote abondait à ses lèvres.
CHAPITRU lY
La Patrie Romane.
Salul I iomourlalo Patrio I Units pèr la fraternitat Traballian pèr ta : ~ uoas atrlo De te fa creisse en pentestat !
E, pèr que sios mai enlusido, Te ba doanaa tout : le respir, La suson, le cor e la bido Sens un renée, sens an souspir !
(A6U8T0 FoDRàs , Le cani des poutifs.)
Maintenant, amis, ne nous séparons pas sans donner une pensée à cette Patrie de la Langue d'Oc qui, quoi qil'on ait fait pour lui mutiler son génie et pour l'avilir, a déposé en nous, ses fils pieux, cette grailde espérance de la Liberté d'où la France recevra son salut. Affirmons que c'est à elle seule, à l'énergie de sa grande âme nationale, qui a résisté à toutes les violences çt à toutes lés conspirations, que nous devons cette idée suprême de Fédération, dans laquelle elle se retrouvera libre d'une magnanime liberté, forti-
fiée de la liberté de tous les autres peuples de notre Race. Et promettons-nous, nous tous ici, hommes de science, historiens, artistes ou poètes, de relever notre génie indigné de la défaillance où comptaient 'épuiser enfin la haine et la ruse de Taboniinable tyrannie qui nous exténue depuis six cents ans. Jurons de ne laisser aucune minute de notre vie oisive pour sa gloire et pour sa liberté, et de nous faire les missionnaires de l'esprit vivant qui, presque d'un seul jour, n'a cessé de magnifier jusqu'à l'épopée les efforts héroïques de son insoumissible indépendance. Donnons-nous cette tâche de vivifier la tradition de notre Liberté dans les âmes, obscurcies par le travail assidu d'un génie ennemi du nôtre, ou honteusement engourdies par l'ignorance des vertus paternelles qu'elles recèlent encore au profond à'elles-mêmes, et qui ne demandent qu'à éclater de nouveau dans une superbe apothéose. Que chacune de nos œuvres soit une exultation impeccablement fidèle de cette Patrie Romane qu'on a pu ruiner dans le passé, mais qui, dans [nos cœurs et dans nos consciences, se prépare pour un prochain avenir. Troubaires, le plus sublime Romancero qu'il ait «été donné à un poëte de concevoir, vous espère et vous attend : dans l'incomparable épopée de nos désastres, cherchez hardiment les belles promesses de notre avenir! Historiens, évoquez, à l'incantation puissante d'une âme patriote, évoquez, du milieu de nos ruines amoncelées, la figure gigantesque de notre Liberté Romane I Rendez à ce peuple ses aïeux.