LIVRE CINQUIÈME
tout furieux encore des angoisses de leur torture et glorifiés, pour son enseignement, dans le geste suprême de leur martyre. Suivez à la piste, à travers les siècles, depuis Vigilance, qui commence contre la théocratie romaine la longue querelle du génie Ibérien, jusqu'aux Gamisards, qui transmettent aux temps nouveaux ouverts par la Révolution, le testament politique de notre Race : suivez du v® au xix" siècle la persistance de l'Idée Romane, toujours combattue, toujours vaincue, mais infatigablement renaissante, et qui va, enfin, faire explosion dans un triomphe définitif.
« Le Languedoc — a dit un de nos historiens nationaux, Tun des pères de notre Renaissance, Napoléon Peyrat, — le Languedoc fut toujours écrasé, mais cette race de fer est, comme parle de Bèze, une indestructible enclume, dont Tinertie usa toujours les plus puissants marteaux! »
Et son Idée, aussi, ajournée sans cesse par la défaite, renvoyée de révolution en i^évolution, a été souvent interrompue, mais brisée, jamais I Un montent, elle semblait disparaître , tarir tout à coup, mais occultement elle circulait, cachée sous des tas de ruines, pour s'élancer torrentiellement plus loin et se creuser, élargie, un lit plus profond.
Amis! frères! relevons-nous fièrement; et, solidément assurés dans la justice de notre espérance et dans la gloire de notre destinée, crions au Nord : « Tu nous a vaincus ! tu ne nous a pas domptés. Ton éternelle victime se redresse, debout — sans haine,
mais pleine d'une âpre désir de vie, — sur le vaste écroulement où tu croyais l'avoir étouffée ! »
Nous sommes invincibles : j'en atteste notre histoire f
L'Eglise, jadis, crut avoir accravanté TAlbigisme dans la civilisation Romane effondrée , elle s'est trompée ; il se conserva, s'élabora secrètement et le voilà qui renaquit au xvi* siècle dans la Réforme qui l'amène jusqu'à la Révolution : c'est lui qui revit aujourd'hui dans les générations républicaines que l'instinct de la liberté et de la conservation nationale soulèvent irritées, contre le long despotisme de l'Eglise. Il nous appartient de formuler enfin positivement cette succession logique et glorieuse de nos révolutions, qui a perpétué jusque dans le monde moderne l'antique liberté ibérique, laquelle s'est transmise du pagus celtique à la cité romane, de la cité romane aux municipalités du xii« siècle, de l'époque albigeoise aux villes libres, de la Réforme et des républiques protestantes aux communalistes et aux fédéralistes du xix® siècle.
L'histoire romane était ignorée ou dédaignée par des écrivains ennemis de notre Race; ils l'avaient pervertie et déshonorée de sophismes et de mensonges. Une lignée interminable d'historiens, démoralisés par l'idolâlrie du fait accompli, a répercuté, comme une suite d'échos, les calomnies des persécuteurs. C'est un devoir pénible de l'avouer; mais la plupart des historiens démocrates, nourris de renseignement de l'Eglise, ont conservé, en parlant de