LIVRE CINQUIÈME
raaturé du royaume céleste, réalisé ici-bas dans Tunivcrselle égalité humaine. Le Midi, — et c'est la gloire par laquelle il proteste contre cette Eglise qui croit le posséder parce qu'elle Ta^ vaincu, — le Midi, combien n'en a-t-il pas eu de ces bons martyrs ! Lui-mômo, qu'est-il qu'un martyr, toujours flagellé et toujours tourmenté, le martyr généreux d'une lutte, longtemps inégale, contre le César temporel et contre le César spirituel? Il est l'héroïque affronteur qui a enseigné aux peuples l'irrévérence et la révolte, en souffletant sur ses deux faces le monstre bicéphale de l'Unité politique et religieuse. Voilà ce qu'il faut dire et redire, et ce que notre Histoire nous apprend, à chaque page, éloquemmenl. Tous les malheurs du Midi, toutes ses défaites, toutes ses décadences lui viennent de l'Eglise. L'Hérésie et la Liberté, seules, sont nationales chez nous. L'Egliso, au contraire, sans se démentir une seule fois, depuis Clovis jusqu'aujourd'hui, a été, elle est encore le parti djB l'étranger et de la conquête. — Apre vérité! amère, sans doute, au goût de quelques-uns; mais forte et salubre, parce qu'elle est un remède nécessaire et opportun à de trompeuses illusions qui compromettraient encore la destinée Romane. Les générations nouvelles, il n'en faut pas douter, auront à cœur de se dévouer à cette tâche, de développer cette vérité salutaire et de la propager : car là est l'émancipation, là le salut, puisque par là se trouvent restaurées la sincérité de nos traditions etla.probité de notre génie.
Oui ! nous le ranimerons à une vie nouvelle plus libre et plus glorieuse encore que l'ancienne, le pays de Languedoc ! si méconnu, si calomnié, si implacablement persécuté, et qui fut, hélas! et par tant de fois, exténué du meilleur de son sang par tant de guerres, navré de tant de désespoirs si aigus et si poignants, stupéfié d'une terreur si impitoyable, afflaqui, enfin, par une farouche domination armée toujours contre lui de lois haineuses et inexorables! Pauvre pays magnifique qu'une incomparable désolation appauvrissait chaque jour d'une misère nouvelle, — tantôt d'une forêt brûlée jusqu'aux racines, tantôt d'un champ déserté qui s'abuissonnait en ermas, tantôt d'un port clos à la vie marine par Tamoncellement des sables I
C'est un fait positif que, depuis la conquête du XIII* siècle, l'histoire du Midi est celle d'une lente et progressive décadence, d'une interminable agonie. La centralisation française, toute favorable aux provinces oîi elle s'est formée, fut toujours hostile à ces provinces lointaines que leur résistance à l'effacement unitiairelui faisait tenir pour suspectes. Aussi, se préoccupa-t-elle peu de ralentir l'invasion de la mort qui engourdissait les unes après les autres toutes ces villes qui, à l'époque Romane, laborieuses, libres, chantant — et, plus tard encore, ranimées à la vie intellectuelle et politique par la vertu de la Réforme, — furent de belles Répiibliques, toutes retentissantes de la joie de l'esprit et du travail! Hélas I l'ancienne efflorescence, déverdoyée et brisée par les