LIVRE CINQUIÈME
Croisés de Simon de Montfort, puis, quelques siècles après, détruite en son puissant renouveau par les troupes royales, se stérilisait de plus en plus, sans presque laisser de souvenirs! Eh bien! que ces souvenirs évoqués aujourd'hui réveillent chez ce peuple son instinct, point endormi encore, mais somnolent; que, du milieu de cet abattis d'hommes et de villes dont on a jonché son terroir, il épanouisse à nouveau la vigueur de ses vertus natives : — la France doit s'en réjouir ! Ce sont des forces nouvelles, presque inespérées, qui lui reviennent au moment où elle en a le plus de besoin. C'est un rajeunissement de son indissoluble nationalité! Cela lui est le présage de sa destinée renouvelée. Ses désastres dans le Nord, la blessure béante de ses frontières, là, justement devant l'ennemi germanique; la nécessité de se rallier aux nations consanguines, aux peuples latins ; le devoir de préparer à l'épandement de la civilisation latine les rives africaines; et cette tâche qui incombe à tous les membres de la race, de faire de la Méditerranée le grand lac Latin : toutes ces causes vont émouvoir à une nouvelle et universelle prospérité toutes nos provinces Romanes.
' La France sera de moins en moins une puissance du Nord; elle deviendra progressivement une puissance de plus en plus occidentale et surtout méridionale. Le centre historique va se déplacer; et des bassins de la Seine, de la Somme, il va passer aux bassins du Rhône, de l'Hérault et de la Garonne. D'immenses travaux nécessaires, déjà en projet,
s'accompliront : le canal du Languedoc renouvelé mettra en communication directe TOcéan et la Méditerranée ; les rives du golfe de Lyon, fixées enfin et desséchées, rendront la salubrité aux 4iabitants, la sécurité aux navires et la vie industrielle à toute la côte, attristée de son oisiveté périlleuse I Alors la France deviendra la tête de défense des peuples Latins contre les éruptions germaniques, et, avec TEspagne, l'intermédiaire prédestinée d&la vieille Europe qui se transforme et de la jeune Amérique qui se stabilise.
Sans doute, la France du Nord ne pourra plus prétendre à cette sorte de suprématie politique qu'elle a exercée jusqu'aujourd'hui : elle y perdra de son ascendant : c'est à la fois une nécessité et une Justice ; mais elle y gagnera en dignité comme en liberté. Au lieu d'affluer maladivement et de se presser toute entière, de s'étouffer en un étroit espace, la vie nationale restera épandu^, active et mobile, sur toute la surface du territoire. La concurrence laborieuse des villes fera de toute la France apaisée l'atelier exemplaire de toutes les aptitudes et de toutes les énergies humaines. — Ne méprisez donc plus les écrivains ni les artistes de la Renaissance méridionale ; mais connaissez-les et rendez justice à leurs intentions. Car ils préparent, glorieusement ou obscurément, selon le talent qui leur fut départi, un avenir qui sera, enfin, l'oubli du passé, de ses haines et de ses rancunes.
Mais, dans le présent, tant d'oubli est- il déjà pos-