‹ Le fédéralismeChapitre 22 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ancienne famille cévennole dont plusieurs membres avaient péri sur les galères du grand roi, avait gardé de ses ancêtres une ardente passion, puissante et contenue par l'austérité de l'attitude, la rigidité du geste sobre et afflrmatif, et le timbre vibrant d'une voix mesurée et un peu oratoire. De Valaure, fils converti d'une ancienne famille noble et catholique du Languedoc, écoutait religieusement cette forte parole qui semblait toute émue de la vie douloureuse de tant d'héroïques générations.

Voilà quels nous étions. Mais, non! j'ai oublié le plus âgé et le plus enfant : Carascause, qui toujours inquiet, nerveux, irritable, allait d'un groupe à l'autre, taquinant celui-ci, raillant celui-là, et commençant des discussions qu'il interrompait brusquement pour causer à un troisième.

En tout, quatorze fédéralistes déterminés.

— Dédaigneux de lagrand'route facile et sans surprises, nous prenons, en quittant le faubourg, le premier chemin coupé à notre droite.

Oubliant ou jetant çà et là, au milieu des vignes claires, comme un enfant espiègle ses joujoux, de jolies maisonnettes blanches dont les toits orangés, triplement tuyautés au bord, rappellent les capotes à comètes que portent les bébés et les vieilles, le joyeux petit chemin.se sauve étourdîment vers la campagne; capricieux et traînant, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, quelque fin ruban de velours vert, quelque mur éblouissant de soleil et tout écumant de roses enflammées, vivantes à force de parfum,

jusqu'à ce que, tournant brusquement, il Taccroche auxépines malicieuses d'une haie vive, étourdiMante de gaîté fleurie, et le rompe;... les mains ^Sp^res enfin, il monte [en folâtrant et, tout en défonçant de de chaque pied les grands talus abrupts et secs qui s'éboulent en gros cailloux coupants et en fine poussière chaude, il parvient à courber sur sa tête les floraisons embaumées qu'ils gardaient avaricieusement à leur crête. Et les voilà inclinés, s'entrelaçant, cognassiers aux délicates corolles naïvement épanouies et rosés,, au feuillage mol et beurré ; aubépines si candidement méchantes, si perfidement coquettes et délicieuses ; grenadiers flamboyants comme verges ardentes et semblant pousser des rubis au lieu de feuilles ; lilas élégants et prodigues, aux lourdes grappes étoilées et charmantes ; églantiers tardifs, s'aidant de toutes leurs épines pour arriver à mêler la tendresse de leurs guirlandes vertes à la fête de l'épanouissement commun ; les voilà tous, chaussés de gaillet d'or, s 'entrelaçant, inclinés, babillant de toutes leurs feuilles, riant de toutes leurs fleurs, au-dessus du joyeux petit chemin qui grimpe sous la dentelle bleue de leur ombre.

Se découvrant tout à coup, il fuyait vers de nouvelles merveilles, quand nous voyons Lhoras l'abandonner et en doubler l'angle feuillu à droite.

« — Pourquoi ne pas continuer? » s'écrie Aubrespy avec regret.

« — Gardons cela pour une autre fois: » lui répond notre guide avec un geste rassurant et un sou-

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