LIVRE PREMIER
rire plein de promesses : « Fiez-vous à moi. » A peine engagé dans le nouveau sentier, Aubrespy se retourna pour nous indiquer avec un « Ah ! » admiratif (qui fit hausser les épaules au froid Maibosc) un groupe superbe de hauts pins maritimes, qui coupaient Téclat de la route d'une ombre large et bienveillante.
Tranchée de grands creux roux et pointillée de brun, Tample ramure, souple et sonore, balance lentement d'épaisses touffes d'un beau vert grave : à deux cents pas, cela semble un gazon gigantesque oîi l'on voudrait s'étendre, s'enfoncer, se rouler, paresseusement bercé dans les senteurs robustes et pénétrantes qu'il respire. Au-dessous et d'en bas, c'est une nef de cathédrale : piliers énormes, sombres ogives, voûtes profondes, ciel bleu, où les dernières branches et les feuillages menus et noirs s'appliquent et se découpent en d'étranges arabesques funèbres et délicates. Parfois glisse et descend une lumière molle et pâle, filtrant de loin, comme par un étroit vitrail. Ohl les bons et beaux arbres I Mais nous ne nous y arrêtons pas ; car, malheureusement, en se baissant, les yeux amis du pittoresque et de l'espace, après s'être brisés, en face, aux barreaux gris et claustrais d'une grille aristocratique et méfiante, enfilent avec ennui une longue allée, nette comme la raie d'une perruque de milord, jusqu'à une propriété morfondue au milieu d'un peloton d'arbres sévères ; quelques pas plus loin, vagabondant à Taise, les yeux se prennent d'abord aux mille et
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mille jets avidement élancés au soleil d'une large vigne cramponnée par ses mille et mille pieds torses et opiniâtres dans une riche terre d'ocre, — chair rouge de deux collines jumelles gracieusement adornées, çàetlà, debouquets d'oliviers, — pompons gris sur le brocart des vignes ; — puis bondissant du deuil d'un massif de cyprès à la joie d'un toit vermillonné, des caprices d'un chemin engageant et radieux à la paisible et hautaine fraîcheur d'un parc^ ils s'accrochent enfin forcément au clocher de Sainte-Anne qui, incisif et vermeil dans la brume orientale, dénonce la Ville.
« — Et la mer? » demande le jeune Aubrespy.
« — • La mer? » répond Lhoras « regardez par ici un peu à droite, au fond de cette vallée. Voyez-vous au-delà de ces ondulations de vignes et de cet espace nacré par les petits toits rouges, illuminés et épars, et les ombres lilas et bleues des murailles et des oliviers? au-delà môme de cette masse foncée d'ifs maussades que tout ce joyeux soleil réussit à peine à égayer, voyez-vous cette grande ligne arquée et plus sombre que l'horizon perlé où elle se fond? — C'est la mer, la Méditerranée !
<c — Allons, allons! en route I que diable, vous regarderez cela une autre fois, quand vous aurez le temps I » nous crie brusquement Roquerols qui avait continué sa marche. — «Je ne comprends pas ce que vous pouvez trouver de si beau, de si attrayant dans cette vue-là : cela me paraît toutrà-fait vague, mort, insignifiant en un mot. Quant à vouloir admirer la