‹ Le fédéralismeChapitre 33 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

nouvelle qui vient les abolir, les épuisent elles-mêmes et la fortifient. L'exaltation suprême des vieilles idées, coalisées contre la pensée révolutionnaire qu'elles se proposent de détruire, oblige celle-ci à se méditer davantage dans sa fin et dans ses moyens, et à s'élucider, de plus en plus, dans la conscience de ses forces et de sa destinée.

La Pensée Révolutionnaire est arrivée à cette époque décisive de son histoire, où les aventures que ses ennemis ont tentées contre elle, et même les réculs apparents qu'ils se flatteront de lui faire subir, n'auront d'autre effet que d'accélérer toutes ses énergies vers son accomplissement inévitable. Ses revers, ses arrêts, ses stationnements, toutes les vicissitudes de la grande lutte entreprise, seront pour elle autant de leçons qui profiteront à son intelligence et à ses passions ; la Réaction, au contraire, aveuglée par ses succès éphémères et artificiels, perdra, de plus en plus, dans de vaines et imprudentes espérances, la conscience de sa faiblesse, l'intelligence des nécessités historiques qui l'ont condamnée à mort, et le sentiment de toutes les réalités; de l'espace comme du temps, de l'histoire comme de la nature. Poussée plus avant chaque jour par sa folie dans l'impossible et l'inconnu, elle sera supprimée d'un coup par une mort subite, imprévue, et, cette fois, définitive. Il s'est toujours trouvé de ces hasards providentiels pour expulser de l'histoire les Races épuisées, qui voulaient y demeurer aux dépens des générations nouvelles que la vertu de l'Idée fait

surgir du fond de rhumanité. L'Empire Romain, condamné parce qu'il était incapable de se renouveler au gré du nouvel idéal formé dans les âmes, a été exécuté par les barbares*. La Bourgeoisie moderne, avec toutes les idées agonisantes et hypocrites qu'elle a adoptées, ne devra s'en prendre qu'à ellemême du cataclysme qu'elle provoque pour son châtiment. Elle aurait pu, si elle eût gardé quelque intelligence des lois qui déterminent la marche de l'Èistoire, ralentir et honorer le temps de son déclin en cédant, pas à pas, à la puissance qui l'investit de tous côtés; et en cherchant à la modérer, àTadou cir, en guidant et en disciplinant ses conquêtes. La Bourgeoisie n'a pas voulu , parce qu'elle n'a pas compris. La Nécessité est plus patiente et plus douce qu'on ne croit : lorsqu'on se plie un peu à elle, elle consent à bien des transactions ; mais elle dompte sans pitié les présomptueux qui s'opposent à elle. Malheur à ceux qui l'ont irritée! Elle les brise ou les emporte, comme il lui plaît La Bourgeoisie, qui pouvait la mettre de son côté, préfère être emportée et brisée; c'est son affaire I

Mais nous, décidément, nous ne voulons pas périr avec elle. Nous lui signifions donc que sa politique, qui consistait h exploiter contre nous-mêmes notre magnanimité, est définitivement éventée et no fera plus de dupes; que l'emphase de son hypocrite philanthropie et de son intrigante charité est un vieux jargon discrédité qu'elle peut s'épargner. L'émotion des derniers événements qui l'ont» bon

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