‹ Le fédéralismeChapitre 34 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

gré mal gré, amenée à la dernière phase de son histoire, a fait tomber tout cet appareil dont elle s'était déguisée ; et, sous toutes ces déclamations libérales et humanitaires dont elle se drapait, on a vu son horreur toute nue : lâche à défendre ses intérêts (la seule chose, cependant, qu'elle eût à cœur, et grandement), elle s'est montrée impitoyable dans la répression sanglante, et, ce qui est peut-être pii*e encore, sans scrupule dans la calomnie et le mensonge. Eh bieni tant mieux I II était temps que cette illusion, dont beaucoup des nôtres, — et Proud'hon luimôme, — se flattaient naïvement, d'une Bourgeoisie intelligente et pacifique, se proposant démener tout doucement les classes prolétaires à un meilleur avenir ; il était temps que cette illusion tombât ; il est bon qu'elle soit tombée par le crime même de la Bourgeoisie. Cette illusion, si elle eût duré plus longtemps, aurait faussé l'esprit de la Démocratie; elle aurait atténué ou divisé ses forces. La Démocratie, maintenant, retitre en pleine possession d'ellemême, par l'impossibilité démontrée d'une alliance dans laquelle on voulait rengager pour la tromper et l'enchaîner. Le piège est évité. L'ennemi est connu; il ne pourra plus se glisser dans nos rangs, pour y répandre des murmures décourageants et disjoindre tout doucement^ aflil d'en venir k bout par la dispersion, les forces assemblées qui s'avancent pour la ruine de la vieille Société.

Il doit donc lui sembler naturel à elle-même que nous nous décidions contre elle avec la même éner^

gie qu'elle s'est décidée contre nous. Ce serait trop d'impudence qu'elle s'étonnât que la Révolution, dont elle a cherché à trafiquer pour son profit, se retourne indignée contre elle. Cette tourbe d'agioteurs que relie entre eux, non la glorieuse communauté de l'idée, mais la sordide identité des intérêts, a-t-elle, en effet, assez caressé, vanté, adoré la Révolution, tant que celle-ci s'est exercée contre les privilèges dont ils espéraient hériter, et qu'ils ont aussitôt reconstitués à leur profit I Mais l'enthousiasme est devenu de la fureur et de la haine : ils ne peuvent pardonner à la Révolution d'ôtre logique et véridique ; et parce qu'elle les attaque enfin dans l'iniquité où ils se sont établis, ils la diffament, l'insultent, la calomnient; ils annoncent à grand bruit, les pauvres! qu'ils vont en finir avec elle ! Parce qu'elle ne veut pas rester en leurs mains une puissance docile, dont ils usent et abusent à leur gré, ou une parole hypocrite dont ils jonglent pour l'ébaudissement des imbéciles « les voilà qui se scandalisent, se consultent, l'étonnent, font hautement pénitence de leur pauvre vieux dé* bile péché de libéralisme, et s'excitent les uns les autres, s'encouragent, s'entassent, se poussent, se soulèvent contre elle, dans un effort suprême qui sera le dernier acte de leur existence.

Nous, assurons-nous dans la logique de l'histoire. Us ont beau faire ; les conséquences inévitables des principes qu'ils ont invoqués autrefois, pour les renier et les trahir, ne les épargneront pas. La dialectique des idées qu'ils ont provoquées contient leur

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