LIVRE PREMIER
s'est amusée, il faut qu'elle se concerte pour la bataille définitive qui est engagée ; elle n'a pas le droit de dédaigner aucune de ses forces, anciennes ou mo^ dernes qui, réunies, lui assureront la victoire. Mais l'action isolée de chacune de ses forces ne peut rien contre les vieux partis ligués. L'ancien monde s'est ramassé tout entier dans cette résistance suprême. Qu'elle fasse comme lui I Qu'elle ne se présente pas à l'attaque en pelotons séparés, mais en une masse compacte, serrée, retentissante, implacable et pousr sée en avant par une force unanime, faite de mille et mille forces ; et nous verrons si on lui fermera longtemps l'avenir.
Mais ce n'est que par le recueillement que la Révolution peut arriver à se reconstituer ainsi ellemême ; par un recueillement actif et employé à se mesurer dans le passé et dans le présent. Qu'elle se cherche dans l'histoire, et elle s'y trouvera plus lointaine, plus large, plus profonde et plus puissante qu'elle ne le croit elle-même. Au lieu d'être, comme quelqpes-uns l'ont faite, l'idée, l'âme étroite d'un temps ou d'un parti, elle sentira qu'elle est l'Idée, l'Ame même de l'humanité, et que l'impulsion qui la précipite de haut et de loin est devenue, à travers les siècles tortueux ou tourmentés qu'elle a franchis, une puissance de plus en plus irrésistible et inévitable.
Oui, la Révolution est arrivée à ce moment où il faut qu'elle prenne conscience d'elle-même ; qu'elle se réconcilie et s'aime dans toutes les manifesta-
lions qu'elle a revêtues. Et cette conscience positive et fraternelle, c'est par l'histoire qu'elle l'acquerra; du môme coup, elle acquerra l'autorité qui lui est nécessaire pour condenser, en une seule énergie, toutes les forces éparses dans l'anarchie moderne. Je veux dire par là que la Révolution se méconnaît encore elle-même en partie; qu'elle est divisée, et que son grand travail actuel est de briser les systèmes ambitieux dont elle s'est défigurée, et de tirer à elle, de réunir dans une synthèse de plus en plus élargie toutes les idées qui sont sorties d'elle, et dans une action unanime, tous les efforts qu'elle a poussés isolément jusqu'ici contre le monde exécré de l'autorité et de l'injustice. Il faut qu'elle se reconnaisse et s'embrasse dans toute secte ou dans tout homme qui, à quelque point de vue que ce soit, proteste contre l'ennemi ou le combat. Il y a, si je ne me trompe, dans cette idée que je me propose de développer, le principe d'une coalition ou d'une ligue révolutionnaire, à laquelle il me paraîtrait difficile que la vieille société pût encore résister longtemps. » ^