‹ Le fédéralismeChapitre 37 sur 160 · CHAPITRE PBJMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PBJMIER

De la persistance du principe d'autorité dans la Révolution

Les paroles de Sajols avaient été écoutées avec une approbation plus ou moins complète ; pqurtant, nous pensions tous, comme lui, qu'il fallait répondre à la réaction coalisée par une coalition pareille.

Quand il eut fini, il se fit un silence ; chacun était aux sensations et aux idées qui venaient d'être éveillées en lui, et s'appliquait à démêler les argunients dont il pourrait combattre ou fortifier l'exposition de notre ami.

Gambacède fut prêt le premier : ses gestes et ses regards, avaient maintes fois témoigné d'une impatience qui, par moments, arrivait jusqu'à ses lèvres qu'elle entr'ouvrait. Il se leva donc; et se plaçant au milieu de nous, sur la pierre qui nous avait servi de table :

« — Certes, » dit-il, « mon ami, je n'ai point à contredire le fond de tesjparoles. Il va sans dire que je crois, comme toi, à la nécessité d*une nouvelle stratégie politique contre la tactique de nos ennemis : nous sommes tous du même avis là-dessus. Ainsi, je t'accorderai que la Révolution a jusqu'aujourd'hui méconnu beaucoup de ses forces, et qu'elle n'est point arrivée, comme tu le dis, à se posséder elle-même dans la conscience de son idée et de sa destinée: La meilleure preuve que cette conscience n'est pasencore. formée, c'est que le principe delà Révolution n'apparaît pas le même à tous. Je sais bien que, si on voulait ne se contenter que de mots, tout le monde serait d'accord; tout le monde, en effet, propose bien pour fin à la Révolution la constitution de la Justice; mais qu'est-ce que la Justice, et comment la constituer?

Les uns veulent imposer par la force l'idéal immuable et autoritaire qu'ils en ont conçu, et rassembler violemment les hommes, sans tenir compte de leur diversité, dans une unité coërcitive et brutale. Les autres, ne séparant point l'idée de Justice de l'idée de Liberté, veulent qu'elle s'organise par sa propre énergie ; et, remarquant que les hommes ne sont point les mêmes par le caractère ni les passions, repoussent la chimère despotique de l'unité, qu'ils suppléent par Tidée d'union et d'harmonie. Us savent que l'homme est un animal progressif qui n'est pas encore achevé ; que l'idée de Justice ellemême n'est pas achevée et ne le sera jamais; que,

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