‹ Le fédéralismeChapitre 38 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

par conséquent, à ne pas lui laisser sa liberté de développement, on risque de déformer douloureusement rhomme ou de le retarder. Us estiment que les grands hommes, législateurs ou conquérants, sont désormais impossibles; et que, si ceux-ci ont rempli une mission utile dans leur temps, ils ne sont plus aujourd'hui que des monstruosités. L'homme avait besoin d'eux pour discipliner son éducation : les guerres qui nous paraissent à présent odieuses et insenerées, ont été nécessaires : par elles, les races se sont connues, se sont mêlées; et Tiniluence imposée de la plus puissante a préparé Tunité morale qui est l'œuvre des temps modernes. Cette plus puissante, qui futrelle? La Romaine. La civilisation a été, Jusqu'à ce jour, Latine, et, en dépit des prétentions rivales d'une race arrogante et présomptueuse, demeurera latine.

Mais aujourd'hui, les grands hommes ont une autre fonction et une autre tâche. La destinée humaine, qui n'est qu'à l'état d'instinct dans la Foule, éclate en conscience chez eux : ils l'éclairent, ils la précèdent, ils la conseillent, ils la dirigent même, à un certain point, par cette vertu que la Multitude sent en eux, et qui est d'être plus hommes qu'ellemême. Poètes ou philosophes, ils sont véritablement des précurseurs et des prophètes, qui, déjà, montrent en eux ou annoncent le type supérieur d'une nouvelle époque historique; mais voilà tout. Il n'y aura plus de Moïse, de Lycurgue, de Minos, ni davantage d'Alexandre, de Charlemagne ni de

Napoléon. Les missions divines et les missions providentielles sont terminées : les faiseurs de constitutions, les fondateurs d'empires sont aussi impossibles que les héros et les dieux; c'est-à-dire que, sous toutes ces formes, le principe de l'autorité est épuisé : le peu qui lui reste de force ne serait même pas capable de faire durer trois mois un Cromwel ou un Robespierre. Les dictatures, exercées au nom d'un seul ou d'une assemblée, seraient impuissantes à faire môme le bien, en admettant qu'elles le désirassent.

L'idée despotique de l'Unité (dont se prévalent encore quelques-uns qui colorent leur ambition personnelle, ou, naïvement, recommencent, au nom de la Révolution, f ancien rêve des monarchies) n'est plus une idée vivante : elle se survit à l'état de préjugé intolérant, chez les violents ; d'habitude, chez les meilleurs ; et, dans la masse, n'est plus qu'une routinft qui sera déracinée demain.

Ce n'est donc point là, pour moi, l'Idée de la Révolution. »

« — Pour aucun de nous, certes I

« — Je veux que ceux qui y croient, encore, ou croient y croire, soient très- sincères et s'imaginent sérieusement posséder l'esprit de la Révolution. Le génie du passé est opiniâtre et rusé ; et toujours, pour franchir les époques de renouvellement qui tendent à le détruire, il se déguise sous des mots nouveaux, se blottit dans des âmes honnêtes qu'il séduit et qui passionnément revêtent l'avenir des for-

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