PRÉFACE V
jésuitisme, où nous la voyons établie aujourd'hui.
Cette école n'était point sans quelques sympathies pour ce qu'elle appelait « une sage décentralisation » ; mais l'idée et le mot de fédéralisme lui étaient en horreur. Je crois avoir compris les motifs de cette haine que j'ai tâché d'expliquer à la fin de ce volume.
11 y a certes plus d'une manière de défendre le fédéralisme contre les indifférents qui ne le connaissent point, contre les égarés qui le méconnaissent malgré eux, contre les ahuris qui s'en effraient, et contre les ambitieux et les intrigants qui ne le goûtent pas pour des causes bien connues d'eux. Je pouvais faire un livre didactique où j'aurais montré, à propos de toutes les questions, la supériorité de la solution fédérative : j'ai préféré transporter la discussion sur le terrain historique. J'ai cru, en ce faisant, n'être pas seulement dans mon goût, mais dans l'esprit de mon temps, qui est le siècle de fhistoirey ce qui n'est pas son moindre honneur. Il m'a semblé que la méthode qui s'attachait à suivre à travers les faits la marche d'une idée, était plus intéressante que celle qui, prenant cette idée toute formée, la soumet minutieusement à l'analyse métaphysique. D'ailleurs, n'ayant point la prétention d'être l'inventeur de l'idée fédérative, il m'était impossible d'oublier qu'un certain Proudhon avait écrit sur ce sujet quelques livres,
entre autres le Principe fédéralify qui h'étaient point absolument non-avenus ; bien que ces livres, qui sont pour moi la gloire de la pensée proudhonienne — que je n'accepte pas en bien d'autres I questions — sont justement ceux que tiennent en oubli ou en une mésestime tacite certains proudhoniens honnêtes , modérés , et opportunistes. J'ignorais si peu ces livres, et il me plaît si peu de paraître les ignorer, que parmi toutes les excitations qui m'ont porté à écrire le mien, il est juste d'en avouer une que je leur dois. En effet, depuis longtemps j'avais été frappé de cette phrase : « Et ■ mon idée aussi a sa généalogie à laquelle je «tiens comme à la légitimité de ma naissance. » C'est cette généalogie que je veux établir. Contre les phraseurs superficiels, qui ne se sont jamais donné, la peine d'étudier l'histoire autrement qu'elle n'est enseignée dans les collèges, je prétends que les peuples latins, et parmi ceux-ci la France, sont ethniquement et * historiquement destinés à la " Fédération. J'altribue à la prépondérance des castes^ représentantes d'autres races, les systèmes 'd'unité et de centralisation qui, après nous avoir opprimés pendant des siècles, nous menacent encore. Je vois dans cette idée fédérative, qui est affirmée à chacune de nos grandes époques révolutionnaires — c'est-à-dire chaque fois que le peuple a eu vraiment la parole, — l'avènement de ce