‹ Le fédéralismeChapitre 41 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

dessein des intrigants et des charlatans dont les flagorneries complotaient la ruine de la Révolution? C'est une question curieuse qu'il est bien difBcile de résoudre. Je ne l'essaierai même pas. La dernière guerre me dispense de discuter ces éventualités probables : il n'a rien moins fallu qu'une pareille catastrophe pour réveiller le peuple de la torpeur béate qui l'énervait. Le premier étourdissement dissipé, son instinct lui est revenu : il a senti que les désastres présents étaient la suite, la conséquence, le châtiment de ses erreurs passées ; et, promptement, il a, sinon exhumé, au moins flairé son Idée sous tous les préjugés où on avait tâché de l'ensevelir.

La légende napoléonienne détruite a détruit la légende jacobine : le péril est évité, mais la France est encore tout amaladie des hallucinations fiévreuses qu'il lui a procurées ; elle est en convalescence ; dans une convalescence robuste,— du moins dans certaines régions, — dans celle-ci surtout, et qui a moins besoin de se refaire par la diète et le repos, que de se fortifier par le mouvement et l'action. Une rechute ne serait à craindre que si l'on énervait, par les irritations d'une inertie forcée, sa vigueur impatiente de se développer. Les atermoiements d'une longue médication ne conviennent plus à cette heure.

Jusqu'à présent, n'est-ce pas? sauf les nuances inévitables, tout ce que je viens de dire n'est guère que le déroulement de ce que tu as dit toi-même, Sajols? Et cependant, cela aboutit à une conclusion qui se pose contre la tienne. Deux éléments constituent cette

conclusion ; je ne ferai qu'indiquer le premier, en vous priant moi-même de ne point vous y arrêter pour le moment, parce qu'il détournerait et absorbe* rait dans les questions historiques notre discussion, qui doit, tout d'abord, s'attaquer aux principes généraux. Je crois avoir démontré que l'union proposée avec les partis révolutionnaires est impossible ; car quelle sera la base de Talliance entre les jacobins et les fédéralistes? »

« — D'abord, » dit Sajols, «je pourrais te répondre : Les jacobins sont-ils delà Révolution? Toute ton argumentation a tendu précisément à les en exclure. Mais je réserve la question, comme tu le proposes; et, prenant dans sa généralité l'idée que j'exposais tout à l'heure, d'une alliance entre tous les partis qui sont réellement ou que l'opinion croit être de la Révolution, j-ajouterai qu'il y a deux sortes d'alliance : celle qui se fait par identité de principes, et celle qui se fait par identité d'intérêts ; notre traité avec les jacobins serait de cette seconde espèce; il n'entraînerait, ni pour l'un ni pour l'autre des partis contractants, le renoncement à son opinion individuelle ; il prévoirait seulement certains cas possibles et probables, où notre action commune serait nécessaire contre un ennemi commun. J'y insiste : ce n'est point une fusion que je propose, c'est une alliance politique, défensive, offensive, comme les nations en font entre elles, sans renoncer pour cela à leur nationalité, mais bien plutôt pour la garantir. »

Page 1