LIVRE DEUXIÈME î
comme un rôve. Dès qu'il l'aura reconnue, il n'y aura plus de réaction qui puisse l'empêcher de se précipiter vers elle. Et cette invincible attraction décidera le mouvement de notre siècle vers la pônsée inévitable qui est sa tendance et sera sa fin. »
« — A la bonne heure I » s'écria Pavet, moitié riant, moitié grave. « Â la bonne heure ! on dirait vraiment, à entendre certains révolutionnaires d'aujourd'hui, qu'il faut, comme Pic de la Mirandole, connaître toutes choses et plusieurs autres encore, pour faire la moindre petite réforme politique. Ils font de la Révolution un grand mytère aussi vague et aussi terrible qu'une religion; comme si, au contraire, la pensée qu'ils prétendent accaparer à eux seuls, n'était pas le bien et l'héritage de chacun de nous. Je dis que ces systèmes hautains, pédantesques et rechignes, ne sont bons qu'à effrayer, dans le cœur des timides et des ignorants, les inspirations les meilleures ; ils paralysent et embarrassent le génie de la Démocratie. Puis, à vrai dire, entendonsnous, sinon sur la science, au moins sur les savants. La plupart, infatués de leur mérite et visant à des emplois, à des places ou à des réputations lucratives et honorifiques qui n*appartiennent qu'aux bienpensants, se font en personnes et en théories les ouvriers à gages des réactions. Loin d'offrir la vérité toute faite, ils s'ingénient à la déformer et à la dénaturer. Il faut, pour la reconstruire, déblayer avec zèle les matériaux et les éléments enfouis et dissimulés sous leur doctrine particulière.
Je ne vais pas contre notre siècle, mais je suppose que la science est devenue une sorte d'ivresse qui s*apaisera bientôt. Les facultés spontanées qui sont bien, il me semble, quelque chose de Thomme, ressaisiront, je Tespère, une action que la science a mission de régler, sans doute, mais qu'elle n'a le le droit ni d'empêcher ni de restreindre. »
Là-dessiis, il se ât un petit tumulte entre nous. Après y avoir mis ordre, le président nous consulta sur cette question : si nous jugions à propos de continuer la discussion que notre ami venait de soulever sur l'utilité et la mission révolutionnaires de la science, nous décidâmes à l'unanimité par l'affirmative.
Alors Massane, l'historien philosophe, demanda la parole, et voici à peu près comme il parla :