CHAPITRE II
Mission révolutionnaire de la science historique.
Les grands hommes
Il n'y a pas qu'une manière de servir la Révolution. Le savant, dont les découvertes nous permettent de reculer de plusieurs siècles dans le passé la connaissance de Thumanité, n'est pas un réactionnaire parce que les aptitudes de son esprit ne l'ont point porté à étudier spécialement les problèmes sociologiques. Tout ce qui tend à former, à agrandir, à préciser dans Thomme la conscience de l'humanité universelle, nous est d'un aussi grand prix, d'une utilité aussi immédiate que les discours de nos tribuns sur les questions quotidiennes.
La Révolution n'aurait pas ébranlé le monde, si elle n'avait été qu'une phase nouvelle de cette lutte du peuple gras et du peuple maigre qui a bouleversé la République Florentine : elle a été l'avènement
d'un nouvel esprit qui, déjà, partout, a renouvelé toutes les sciences — aussi bien les sciences historiques que les sciences naturelles. Une société nouvelle, mieux encore, une nouvelle humanité se pré • pare, dont l'histoire ne se composera pas uniquement de questions politiques et sociales, posées et résolues ; cette société aura des philosophie», des arts, conformes au principe sUr lequel elle sera établie. L'ordre ne sera achevé que lorsque les diverses manifestations des facultés humaines, exaltées à nouveau, auront acquis leur pleine liberté de développement. Il ne faut donc point dédaigner comme indifférents ou inutiles tous ces patients ouvriers, tous ces chercheurs qui s'efforcent à saisir, à fixer, à réaliser sous une forme tangible les idées qui, se dégageant peu à peu de notre chaos, formeront la genèse prochaine.
La Révolution est-elle l'oubli ou l'ignorance? Elle est, au contraire, science et conscience. Il faut que rhomme se sente, se connaisse, se comprenne à chaque moment de l'infini qu'il a déjà traversé.. Et c'est à cette connaissance que concourent toutes les sciences, et surtout la science universelle qui les domine toutes, — l'Histoire.
Mais la science n'est pas le but de la science. Savoir, ce n'est point s'emplir passivement Tesprit de formules ambitieuses qui prétendent contemple monde, non plus que d'axiomes mystiques qui croient ouvrir les portes secrètes des choses. Savoir, c'est connaître Thomme. L'intérêt de la science esttout mo-