UVRE DEUXIÈME
rai et tout psychologique. Elle pose des limites àThumanité qui, s&ns elle, se dilatant sans mesure dans l'indéfini, ne saurait plus où se trouver ni où se prendre. Les énergies humaines ont une tendance à se disperser à travers le temps etl'espace; la science les ramasse de tous les points du monde, les concentre dans un cercle limité, mais mobile et suscep* tible de s'étendre sans fin. Et au centre de ce cercle, une force, qui de plus en plus se définit, agit infatigablement, — la Conscience.
La Conscience est la fin morale de la Science. La science n'est point une classification abstraite de faits, ni un enseignement factice de vérités immobiles et inutiles. Elle est une vie. Non-seulement elle rend l'homme capable de définir et de réaliser sa fin, mais, en lui opposant les lois fatales des choses, elle suscite et entretient infiniment l'activité de sa liberté. Elle est la cause et l'occasion de sensation&, de sentiments et d'idées qui accroissent d'une vigueur nouvelle la puissance morale qu'il accumule en lui depuis l'ouverture des temps. Elle irrite, elle développe par un exercice continu notre spontanéité individuelle, rebelle à tous les systèmes, et toujours inquiète, de cette inquiétude sublime qui constitue la vraie dignité de l'homme.
Sans cette activité intellectuelle, l'homme n'est rien. S'il était prouvé que lessciences qui toutes aboutissent à l'Histoire, — dont la philosophie est la fin légitime;— s'il était démontré que lessciences alourdissent ou embarrassent nos facultés de penser et
d*agir; qu'elles nous empêchent, enfin, d'être et do vivre, il faudrait les repousser comme une illusion ruineuse. C'est alors qu'il serait permis d'annoncer, avec je ne sais quel sophiste, la fin du monde par la science. Mais « h considérer les choses de plus près, on voit, ainsi que l'a dit Edgar Quinet dans le Christianisme et la Révolution, on voit, dis-je, «comment l'individu peut porter en soi l'histoire du genre humain sans en être accablé. Le réveil de l'âme sous l'arbre de la science est aujourd'hui aussi plein d'avenir qu'il a pu l'être au commencement des choses. Tout homme qui arrive en ce monde est fait pour être le roi, non le serf du passé, f
Or, il ne peut dominer, le passé qu'à la condition de le connaître ; c'est-à-dire de préciser par la science les images du passé qui s'agitent en nous confusément et comme instinctivement. Car de cette confusion instinctive, il faut les faire passer à la vie de la conscience. Chacun de nous n'est pas seulement un monde, un microcosme -où se résume la série des êtres et des choses dont nous sommes la conclusion logique : chacun est encore une humanité qui contient toute la vie historique du genre humain. Les phases successives do notre existence individuelle reproduisent exactement les époques du monde et les périodes de l'existence collective de l'homme.
« Il y a, a dit Emerson, une relation entre les heures de nôtre vie et les siècles des temps. Les heures devraient être instruites par les âges, et les âges ex-