‹ Le fédéralismeChapitre 46 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

pliqués par les heures. Les crises de la vie se rapportent aux crises nationales. »

La conscience historique dans Thomme individuel : telle est Tœuvre de la science. Par elle, toutes les forces humaines convergent en chacun de nous comme au centre qui les y attire ; et là, s'unissant, se pénétrant, se transformant mutuellement, elles se fondent en une force supérieure qui s'emploie activement à la grande œuvre progressive.

Ainsi, loin d'alourdir notre spontanéité du fardeau des siècles écoulés, la science, en les ressuscitant, fournit à notre activité des objets nouveaux qui la sollicitent, et une substance qui Talimente. Elle n'embarrasse pas la vie moderne qui nous soulève vers l'avenir, elle fortifie le présent par la vie restaurée du passé; enfin, en définissant par la description de leur mouvement les lois historiques qui travaillent à notre destinée, elle les rend actuelles en nous; ainsi, elle les soumet à l'action de nos facultés et les transforme en idées et en principes, qui deviennent aussitôt les agents conscients et infatigables d'une nouvelle création humaine.

C'est par ces résultats que l'enseignement de l'histoire est vraiment idéaliste, parce qu'il résout on idées et définit comme telles les lois que la méthode l'a amené à découvrir. La Liberté, la Justice, le Droit ne sont pas des mots seulement, mais bien des puissances réelles dont l'action se démontre par le développement de la Nature et de l'Homme.

« — Mais c'est de Tidéalisme, cela! s'écria Carascause, Tinterrupteur infatigable.

« — Soit! reprit-il.

« — Vous prenez aisément votre parti de cette accusation, répliqua Carascause.

« — Eh ! répliqua-t-il, pouvons^nous éviter Tidéalisme ? Les systèmes qui s'en croient le plus éloignés Font à leur base ; c'est Tidéalisme qui fait leurs fondations. Ainsi I Quinet fut incité par une certaine idée à démancher à Thistoire la raison de la destinée humaine : L'expérience a confirmé et prouvé cette idée qu'elle pouvait détruire. C'est la justesse de l'Idée- mère, c'est la fécondité des développements qu'elle contient, c'est son universalité qui font la valeur de l'œuvre où elle se réalise. Les gens noédiocres ne sont médiocres que parce qu'ils ont embrassé comme idée première une idée seconde ou stérile, d'où ils se sont épuisés à déduire des conséquences qu'elle ne contenait point. C'est de cette, façon que les idées fausses s'introduisent dans le monde, ou, pour mieux dire, les idées faussées; c'està-dire les idées qui ont été déformées ou déplacées de la situation logique qu'elles occupaient dans une série. Une idée, transportée en tête d'une série qu'elle ne commande point, ruine par le fondenaent môme l'œuvre ou la vie humaine qui s'est appuyée sur elle. De là l'impuissance effective de tant d'hommes qui nous apparaissent doués d'une force réelle, qui s'épuise au faux et à l'impossible. Les hommes de génie qui parfois ont moins de puissance et d'é"

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