‹ Le fédéralismeChapitre 58 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

travail préparatoire. C'est bon, mais, encore une fois, ce n'est point du ressort^ du peuple ni de sa compétence. Il n]est pas nécessaire qu'il sache philosophiquement l'histoire pour la continuer; son instinct est plus sûr que l'intelligence du plus grand homme; ce que vous n'êtes pas encore capables d'expliquer, il le sent irrésistiblement; vous ne le comprendrez que lorsqu'il l'aura achevé. L'esprit de l'histoire est son secret, son mystère, qu'il révèle incessamment par son activité et qui ne sera jamais épuiséi Savants, penseurs, philosophes et poëtes, suivez-le pas à pas, assidûment et attentivement, et no l'embarrassez pas de vos systèmes hâtifs qui troublent les simples comme de fausses prophéties. Tout votre devoir, toute votre tâche est de ramener par une confrontation infatigable le passé en face du présent, pour essayer de découvrir l'intime analogie, l'enchaînement logique qui les unit. Contentezvous de ramasser ainsi, chemin faisant, des observations et des pensées qui pourront un jour être employées à la synthèse que vous ne pouvez édifiejr aujourd'hui.

« En tout cas, si c'est une loi de l'intelligence humaine de systématiser toutes les connaissances acquises, ne regardez vos systèmes que comme des synthèses insuffisantes et transitoires, ébauches successives et douloureuses de la grande synthèse universelle, qui ne sera jamais accomplie. N'ayez point la présomption d'offrir la vérité absolue dans des doctrines qui ne sont que l'expression passagère

d'un moment rapide de la pensée ou môme du sentiment. »

« — Ai-je rien manifosté, vraiment, d'une par reille prétention ? » s'écria Massane « En disant que la philosophie de l'Histoire ne peut èlvù une doctrine à la façon des systèmes métaphysiques — qu'elle vient abolir — et qu'elle est une enquête perpétuelle, d'après une certaine méthode, que disje, au fond, autre chose que vous? Ai-je proposé une synthèse absolue et universelle? Bien au contraire! Ai-je représenté le philosophe et le poëte comme des mystiques qui, au-dessus de la multitude, flambent, pour l'éclairer, d'une lumière surnaturelle que Dieu y a soufflée du haut du ciel? Point du tout : ils sont des colltgetirs de la grande pensée historique qui se dégage, comme la rumeur d'une foule, de l'humanité en marche. Les uns incarnent cette pensée dans des œuvres symboliques, qui, la présentant vivante au sentiment et à l'imagination du peuple, la fortifient dans son cœur et constituent une date impérissable do son existence. Les autres, en l'élaborant dans leur intelligencequi en est le creuset, l'en font sortir plus puissante, dépouillée des éléments étrangers, cl plus libre et plus prompte à développer son énergie. Les savants ne sont que les ouvriers honorables et glorieux de ces deux sortes de Génies en qui est représenté le double mouvement lyrique et logique que j'aperçois dans l'histoire. Se peut-il ricin imaginer de moins systématique, do moins absolu?

Page 1