‹ Le fédéralismeChapitre 59 sur 160 · I LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

I LIVRE TROISIÈME

Et ne fais-Je pas ainsi-, aussi bien que vous le faites •vous-même, du peuple, — c'est-à-dire de Tensem- ; ble de Thumanité — la véritable et incessante révélation de cette force dynamique que j'appelle le Progrès? En quoi mon opinion peut-elle gêner l'action populaire?

« — Précisémenti parce qu'elle n'est que votre opinion, dit Coullondre, l'opinion isolée d'un homme, et qu'elle ne peut avoir ainsi aucune autorité. Je vois, moi, dans l'idée de Progrès, encore toute mystique, l'embryon d'une religion nouvelle : c'est seulement àlafin de l'époque transitoire où nous sommes, que cette idée ressortira, coinme. une conclusion, du travail combiné de toutes les imaginations, de tous lés sentiments, de toutes les raisons. Elle sera, alors, à son état religieux : c'est-à-dire qu'elle aura acquis une forme, une définition quelconque, tout ce que vous voudrez, dans la foi et la croyance populaires. Mais aujourd'hui, il n'est pas utile, il est dangereux de communiquer au peuple des rêveries personnelles qui peuvent égarer son esprit et son instinct dans des hallucinations troublantes...

« — Ah! ça! qui sommes-nous? des Fédéralistes ou des Jacobins? cria Carascause.

« — Pourquoi cette question? » demanda Cumbacède.

« — Parce qu'on supposerait, à vous entendre », répliqua Carascause, <c "qu'on parle ici d'imposer à la masse une idée, un système et un programme arrêtés entre quelques têtes. »

<( — Pointdu tout», intervinlRoquerols, « on comprendrait mal do le supposer. Je vous reconnais à, V0U3, individu, le droit de proposer librement votre système et votre opinion; et il se peut que Tidée qui est au fond, soit conforme à celle qui s*aprête dans l'instinct populaire : je ne préjuge ni pour ni contre vous : je dis que nous étions réunis ici dans le but de discuter notre foi commune, et que la discussion est entrée en des sujets qui devaient lui demeurer étrangers.

« — Eh bien! dit le président à Cambacède, formulez nettement votre objection ; et si elle paraît convaincante 'èr Ifi plupart, on passera outre à la discussion. »

(( — Je me dis donc » reprit alors Canibacède, « que l'idée de progrès n'a aucune espèce d'utilité immédiate, — bien que je croie au progrès autant que notre ami; mais sous quelle forme j'y crois, je n'en sais rien : c'est précisément cette forme qu'il est inutile de discuter jusqu'à nouvel ordre : j'en ai dit les raisons : — Si une histoire est possible pour le peuple, ce n'est que l'histoire politique toute simple : celle qui, lui montrant ses misères sous les différents régimes du passé, légitime, par consé* quent, les révolutions par lesquelles il s'est sépare de ce passé, et les espérances qu'il place dans l'avenir. Voilà tout. »

Massane se leva :

^ « Je demande à être entendu encore une fois avant de clore la discussion sur ces matières. Je

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