PRÉFACE IX
encore ces deux termes, qui se nient cependant l'un l'autre : fédéralisme et séparatisme ; ils sentent qu'ils vont être poursuivis, enfin, dans ce dernier mensonge où les voilà acculés. Ils ont donc
inventé malicieusement une nouvelle tactique. Ils assurent n'être point ennemis (Turi peu de décentralisation, etils concèdent, par exemple, que, d'ici à un siècle, je suppose, on pourra, en s'y prenant prudemment et en attendant surtout que le. temps soit opporturiy accorder aux communes le droit de nommer leurs gardes champêtres.
Pour nous duper, ils avouent comme idéal la décentralisation administrative et déclarent que, s'ils n'emploient pas ce mot de fédéralisme, c'est qu'il est pour eux un terme équivoque, sous lequel est sous^entendue l'idée de séparatisme. La bonne foi et la probité de ce parti n'ont pas à être jugées : la démocratie française qui, chaque jour, fait de nouveaux progrès et qui, chaque jour, se montre de plus en plus intelligente des véritables intérêts de la patrie et de la liberté, aura bientôt réduit au silence ces dangereux ambitieux qui convoitent, dans l'unité administrative et politique, un commode instrument de domination. Elle appréciera et éventera les motifs cachés qui irritent contre l'idée fédéraliste tous les prétendants à l'autorité : il est de fait que le fédéralisme ne leur fera pas la partie belle. Sans parler des modifications fonda-
X LE PÉDÉRALISiME
mentales qu'il apportera dans rorganis.ation même du pouvoir, il n'aura pas en grande estime les tribuns qui, ayant frappé à tour de bras, pour attirer le populaire, la grosse caisse de leur éloquence, se faufilent maintenant petit à petit , à travers la réaction qui leur ouvre tout doucement ses rangs, vers une aventure ambitieuse, funeste au peuple et à la liberté. Que ceux-là affirment hautement leur haine, non pas seulement du fédéralisme, mais de la décentralisation , on les en croit sans peine ; et il faut bien espérer que la démocratie les laissera pour ce qu'ils sont.
Elle ne leur appartient pas. Je dirai plus, et ce n'est pas le moindre progrès qu'ait fait le parti républicain, la démocratie n'appartient plus à personne. Mille preuves sont là pour l'attester; et la plus manifeste, la plus superbe, est ce congrès ouvrier qui s'est réuni à Paris, en octobre 1876. Ce congrès est un grand événement : les rêveurs, comme on dit, les utopistes, les chefs de toutes les écoles socialistes, ne perdront rien certainement de la reconnaissance qui leur est due pour avoir posé les problèmes et annoncé l'esprit dans lequel ils doivent être résolus ; mais il appartient aux ouvriers seuls, plus compétents que quiconque en ce qui regarde leur salaire et leur travail, d'en rechercher les solutions pratiques, avec un esprit libre, dégagé de tout système et instruit par une expé-