‹ Le fédéralismeChapitre 7 sur 160 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

rience attentive de tous les jours. Sans la nommer et pour cause — c'est-à-dire sans faire de politique, — ils ont affirmé, au point de vue social, l'idée de liberté et de fédération.

Ce côté de l'idée actuelle ne m'a pas préoccupé particulièrement dans ce livre, par les raisons que j'en ai déjà dites plus haut, et j'éprouve le besoin de m'en expliquer. Je ne crois pas du tout que la question sociale soit inférieure à la question ethnographique et politique. Mais mon plan étant conçu historiquement y je suis obligé de suivre la marche ^que m'indique la logique historique. Il est bien certain qu'à ce point de vue, la première tâche qui m'incombait était de définir historiquement l'idée fédérative. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit : j'ajouterai seulement que la question ethnographique, déjà présentée en ce livre, sera approfondie à son tour, dans un autre volume sur la fédération des peuples latins ou le panlatinisme.

Ce serait une grande erreur et bien regrettable de la part des ouvriers de penser que ces questions de races sont Indifférentes et étrangères à la solution du problème social. L'idée même qu'ils se font de ce problème, si rationnelle et expérimentale qu'elle soit, emprunte sa forme à la forme même de leur intelligence. La fraternité de tous les hommes, dont il serait bon de ne pas trop se

leurrer à l'heure qu'il est, et la justice ou la liberté sont^ sans aucun doute, des idées universelles qui dominent toutes les différences ethnographiques et nationales. Mais, sans examiner si l'humanité contemporaine est capable de les comprendre et de les pratiquer, il ne faut pas concevoir que cette universalité de principe doive jamais se réaliser dans une uniformité absolue de mœurs et de caractères. Cette uniformité n'est pas à souhaiter et serait contradictoire même à la liberté, puisqu'elle aurait pour conséquence d'effacer dans chaque homme les passions, l'esprit, le type moral et physique, tout ce par quoi enfin il est une individualité libre, qui le distingue de son voisin. L'influence de la race, du climat est perpétuelle, et ce qui fait le danger du cosmopolitisme est précisément qu'il ne tient nul compte de ces différences positives, et qu'il est en contradiction manifeste avec les sciences naturelles, aussi bien qu'avec les sciences historiques, qui nous montrent l'homme diversement façonné par l'hérédité et par l'in^ fluence des milieux. Il ne s'agit donc pas de nier, ce qui serait absurde, ni de détruire,. ce qui serait une tâche imbécile, les idées de race et de nationalité, mais de bien déterminer ces idées et de les réaliser conformément au principe de la liberté fédéraliste et mutuelliste. Ce qui veut dire que la question de nationalité, par exemple, dont un mo-

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ment la presse bourgeoise a fait tant de bruit, a été fort mal posée par elle, et qu'elle ne Ta comprise ni en elle-même ni en ses conséquences.

Je le disais en commençant : A chacun sa compétence, selon la question et les qualités de son esprit. Je le répète ici, non point pour m'excuser de n'avoir point traité d'abord la question sociale, qui est presque toute de la compétence des ouvriers, mais pour expliquer pourquoi je ne l'ai pas fait. Les questions de race, de nationalité me sont plus habituelles et plus connues, et, partant, je peux ôtre plus utile, en les traitant, que non pas en quelque autre qui me serait moins familière. Il n'y a point d'homme universel, et, moins que personne, j'ai la prétention d'être cet homme-là : cela soit dit sans modestie comme sans vanité. Je souhaite vivement que ce livre, qui poursuit la définition de la grande idée du xix° siècle, ne semble pas indifférent aux questions sociales parce qu'il n'en traite pas spécialement. Un troisième et dernier volume. Le Socialisme et ridée fédérative, prouvera, je l'espère, à ceux qui en douteraient que la réforme des petites nationalités et le groupement fédératif des races s'opérera par l'action du même principe, qui va substituer à l'anarchie, ou plutôtà l'état de guerre actuel, la solidarité de tous les groupes travailleurs. Mais là, encore, c'est sur le terrain historique que j'amènerai la question, m'atta-

chant à démontrer que cette idée fédéraliste est la tradition môme du peuple, le nom, pour ainsi dire, de sa tendance perpétuelle, et que Tavénement de cette idée et sa réalisation annoncent le véritable avènement de la démocratie. Et je crois que j'aurai plus servi, selon mes moyens, la cause à laquelle je me suis dévoué, qu'en proposant à toutes ces questions, qui composent la question sociale, des solutions fantaisistes et dépourvues de l'expérience personnelle.

Je voudrais insister, sans trop y appuyer cependant, sur ce i< groupement » des races qui est évidemment l'œuvre principale du xix^ siècle et qui concordera, à coup sûr, avec l'émancipation sociale et politique du plus grand nombre. C'est une maladie, heureusement fort circonscrite et qui n'est plus attachée qu'à quelques esprits incurablement métaphysiciens, que cette prétention d'opérer sur des idées abstraites, en dehors des races comme en dehors des temps. Toute idée est, sans doute,

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