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LIVRE TROISIÈME

l'histoire. L'cxùgèsc osL une science toute protcRtante. La Révolution, en se proposant tout d'abord de définir et de réaliser les droits de Thomme, se donnait par cçla même la tâche de connaître Thomme dans ses passions et dans ses tendances, c'est-à-dire dans la fin qu'elles lui assignent nécessairement. L'avenir et le passé ont été explorés et investis en môme temps. Le présent a disparu ; le temps, qui semblait incommensurable, se rétrécit chaque jour devant la pensée de l'homme. L'homme se sent con tempocain de tous les siècles, sinon par sa présence même, au moins par sa science et par l'étendue de ses souvenirs, dont celle-ci approfondit sans cesse les horizons et les perspectives; et, chaque jour, viennent, du passé qui de plus en plus se déblaie et se dégage, affluer en lui les passions, les forces, les idées,la vie toute entière des générations successives. ta nouvelle situation de l'homme dans la nature et dans l'histoire renouvellera inévitablement- sa philosophie et ses arts. La possibilité de suivre, depuis leur germination jusqu'à leur épanouissement moderne, les idées qui nous tourmentent aujourd'hui, annonce la prochaine transmutation de la philosophie proprement dite en la philosophie de l'hisr toire. Ce qu'était l'Epopée pour les sociétés antiques, élevées dans les traditions mythiques et religieuses, l'Histoire le sera pour les générations nouvelles. Elle sera l'aliment de leur imagination , la matière inépuisable que le génie des arts emploiera à la représentation plastique de la pensée humaine.

Déjà, cette nouvelle renaissance a été inaugurée par quelques œuvres contemporaines, qui sont précisément les grandes œuvres de notre siècle parce qu'on peut démêler en elles les traits principaux de ce nouveau type qui n'est indélini. Depuis t'aust jusqu'à Merlin l'Enchanteur, depuis les Martyrs jusqu'à la Légende des siècles, quel est le grand poëme qui ne trahisse au moins une préoccupation ou une idée historique soit dansia forme, soil dans la conception même? La Renaissance qui se prépare sera autrement profonde, splendide et universelle que celle du xvi® siècle ; car elle ne sera pas animée seulement d'une âme grecque ou latine, mais de la grande âme collective de l'humanité.

La philologie compajrée a réformé la famille humaine dont la tradition s'était rompue. L'étude des langues a dévoilé l'origine et l'histoire do la race. Elle a fixé approximativement les époques de la djspersion. successive des tribus alliées, qu'elle a suivies dans toutes leurs migrations. Elle a affirmé la fraternité des nations qui, après s'être si longtemps méconnues, se réconcilieront enfin dans la conscience historique de leur parenté; car cette parenté est prouvée par les langues comme par les religions. Ces deux sciences nouvelles s'aident mutuellement à affirmer l'unité morale dans laquelle s'embrasseront un jour tous les peuples et tous les hommes. L'antique fraternité originelle des races apparaîtra transfigurée et universalisée dans la fédération de? peuples libres.

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