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LIVRE TROISIÈME

Voilà ce que nous enseigne Tétude des mots; voilà ce que nous apprennent les dieux. On retrouve en eux rhomme tout entier dans son essence et dans son histoire. Rien que cela? Non; pas seulement son histoire passée, mais sa vie actuelle, son histoire future, depuis la brute d'où il est sorti jusqu'au Dieu qui Ta créé et en qui il s'absorbera.

Les mots sont des dieux, comme les dieux sont des mots. Les dieux* sont de purs fantômes du langage qui, peu à peu, approfondis par l'interprétation , s'élèvent progressivement à la vie divine et deviennent des idoles, des ^symboles, tout animés de la divinité de l'âme humaine. Et c'est seulement à ce moment, que le sentiment religieux apparaît chez l'homme, développement nécessaire et supérieur de sa nature.

L'existence des dieux, dans ses diverses époques, détermine les phases exactes de l'existence humaine. D'abord, tout matériels (quelques-uns même sont des calembours naïfs), ils expriment la substance des choses, ce sont des substantifs; puis l'hoftime, plus familiarisé avec les phénomènes, perd de vue la substance pour ne voir que les qualités. Alors les dieux expriment des qualités, ce sont des adjectifs qui se substantificnt en se personnalisant. Voici une troisième époque : l'hommo commence à connaître sa supériorité et à chorchei* sous les apparences des choses les idées qui soulicnncnt la nature et qui roxpruiiiciit. Alors les dieux s'élaborent, se transl'ormtînt, et deviennent vrairtient symboliques, des

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ôtros tout idéaux et des synthèses plastiques.

Selon la tradition biblique, Enos, le fils de Seth, qui fut le dernier-né d'Evah, est le premier qui ait invoqué le nom du Seigneur; ce qui veut dire que les générations qui précédaiefit Enos, ne s'étaient pas encore assez dégagées de la nature pour avoir conçu déjà Tidée divine, car cette idée n'appartienl point à l'enfance de l'humanité.

Cette conclusion, qui me paraît ressortir des récentes découvertes de la science, ne contient-elle pas, en môme temps qu'une nouvelle histoire religieuse, une nouvelle théorie de la religion et de son avenir?

L'histoire du monde a pour conclusion Thistoire de l'homme. Les choses et les êtres sont les matériaux de l'humanité ; elle est le terme où aboutit la nature ; c'est là ce que veut dire ce cri sublime de Guillaume Postel : « Qu'est-ce que Thomme? C'est la fin du monde! » Ajoutons : « Qu'est-ce que Dieu? C'est la fin de l'homme. »

« L'individu est l'entière encyclopédie des faits, a dit Emerson; toute créature rationnelle a la nature entière pour son douaire et pour son domaine. La nature est à l'homme, s'il le veut. Il tire le monde à lui, à proportion de l'énergie de sa volonté et de sa pensée. Chaque action héroïque est, de plus, bienséante; elle force le lieu où elle s'accomplit et les spectateurs à resplendir autour d'elle. Les grandes actions nous enseignent que l'univers est la propriéti» de chaque individu. »

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