‹ Le fédéralismeChapitre 67 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

La vertu humaine ne bénéficie pas seulement h celui qui la produit; elle divinise rhumanito et elle humanise le monde. La logique, qui relie cet ensemble de phénomènes que nous appelons Tunivers, développe à travers la série infinie des choses, les conséquences de la moindre de nos actions. C'est ainsi que la pensée de l'homme agite le monde; elle pousse celui-ci vers sa fin divine , et le monde est en proie à une mobilité qui, seule, ne se fixe jamais, à un mouvement qui ne peut s'arrêter. Une entente unanime du genre humain dans le mal et dans le faux pQurrait anéantir la création. La volonté humaine est la force dynamique de l'univers. Tous les êtres et toutes les choses sont de l'humanité ; Thumanitc enveloppe de sa dialectique, embrasse dans une parenté infinie tous les êtres et toutes les choses qui no sont et ne deviennent que par elle et qu'en elle. Us sont la substance éternelle dont elle a été formée et qu'elle emploie à son tour pour une nouvelle création.

Ainsi, l'homme ne peut songer à s'arrêter ni à se reposer. Il faut qu'il maintienne, qu'il accroisse incessamment la puissance motrice qui réside en lui. C'est en vain qu'il chercherait autour de lui et en lui-même une réalité immuable ou il pût se prendre et se fixer. Cet ensemble cosmique, dont il est responsable, n'est pas. C'est une illusion sans cesse renouvelée qui s'évanouit et se réforme perpétuellement. C'est une apparence indestructible qui cesse d'être au moment môme où elle apparaît.

L'imagination, quand les yeux du corps sont fermés, peut embrasser ces phénomènes dans une vision rapide, à Téclair de Textase. Mais cette vision mystique n'est que l'incarnation immédiate de Vidée. Elle ne peut être confrontée ni comparée h la réalité qui n'est pas. Elle n'est vraie et nécessaire qu'autant qu'elle est conforme à l'idée. L'homme crée ce qu'il croit voir. ^

Ne soyons donc dupes ni de nous-mêmes ni de la nature. Les choses ne sont pas en soi ; elles sont toujours en dehors d'elles-mêmes. La promptitude de la dialectique qui les meut, qui les précipite les unes dans les autres ne donne pas à la forme le temps de se définir; de sorte que toutes ces apparences se mêlent, se confondent, s'évanouissent dans un brouillard indiscernable, comme les moyeux d'une roue qui tourne avec rapidité. Mais, pour n'être point la représentation adéquate du monde, la vision hnmaine est cependant supérieure au monde parce qu'elle exprime et décrit le type qu'il s'efforce sans cesse de réaliser.

— Mais c'est du mysticisme.

— Du mysticisme! L'accusatioa me blesse, elle m'est sensible, auèsi je vais y répondre.

A ceux qui m'accusent de mysticisme, je réponds donc : •

Je serais mystique, si je soumettais l'homme à l'action d'une puissance mystérieuse qui, malgré lui, sans le consulter, le pousserait à une fin qu'elle seule connût et eût déterminée. Ce n'est point une

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