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PRÉFACE XV

universelle dans son essence, mais ne saurait l'être ni dans sa forme, ni dans sa définition. La Liberté, qui ne se traduit pas autrement que par le fédéralisme, est la plus universelle, parce qu'elle peut être justement la plus particulière e't la plus personnelle sans se nier elle-même, puisqu'elle suppose, pour exister, la diversité, la modification et le mouvement; elle ne gêne ni ne nie rien de rhomme, puisqu'au contraire elle ne fait qu'exprimer le droit de chaque homme à être ce qu'il est et à sauvegarder sa propre personnalité de la prépondérance d'une autre persotinalité quelconque. Les races sont un fait historique, et aussi un fait naturel. L'unité originelle ou morale de l'espèce est une vieille légende mal interprétée, qui n'a presque plus de cours dans la science et ne devrait pas en avoir davantage en politique ou en sociologie ; certes, toutes les races humaines se tiennent par des transitions ou des intermédiaires qui n'ont pas toutes disparu, mais qui se sont absorbées, cependant, dans l'étendue de chaque race définie. Les règnes de la nature, comme on disait, ne sont pas non plus séparés les uns des autres par de brusques solutions de continuité; et, par exemple, les transitions du règne animal au végétal, et du végétal à l'animal sont connues de tout le monde. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a point une vie végétative qui diffère de la vie animale, sinon dans son prin-

XVI LE FEDERALISME

cipe môme, au moins dans la plus ou moins grande intensité de son action. Il en est de même des races humaines : on ne saurait nier leur existence parce qu'elles sont soudées, pour ainsi dire, les unes aux autres, non plus qu'on n'aurait droit de nier l'existence de l'espèce en elle-même, sous prétexte qu'avec les anthropoïdes, elle se confond dans l'animalité. A preniière vue, tout paraît ainsi mêlé dans la nature, mais une observation attentive fait voir que cette prétendue unité, cette confusion apparente est, au contraire, l'harmonie d'une infinie série de variétés, qui toutes se tiennent, mais en se distinguant l'une de l'autre. Pour mieux dire, il n'y a pas d'unité ; cette vieille idée engloutissante, qui a créé les religions autoritaires et les monarchies à tendances universelles, est, petit à petit, chassée et bannie de partout, de la science comme de l'histoire, de la philosophie comme de la politique. Il n'y a de perceptible à l'homme entre les êtres et les choses que des rapports et des relations qui s'expriment précisément, en politique, par l'idée de fédération.

Les vieilles écoles résistent encore à cette conclusion, mais heureusement elles sont démenties par l'instinct de notre siècle. La Révolution a commencé un renouvellement du monde qui ne s'arrêtera pas à la sommation des vieux esprits, encore embastillés dans le dogme horrible de l'unité. Les

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