LIVRE TROISIÈME
celle des parties du monde qui est la plus morte aujourd'hui, a peut-être connu Thomme avant qu'il se réunît en tribus, autour du foyer d'Agni, sur les hauts plateaux de TAryane. Le christianisme, qui nous a fait ce que nous sommes, a été le testament que l'Asie, épuisée d'un long travail religieux, a légué à l'Europe; et l'Europe à son tour a condensé toute sa pensée dans le protestantisme et dans la Révolution qui, bientôt unifiés dans le môme esprit, formeront le testament qu'elle va transmettre à la race nouvelle chargée de l'accomplir. — Cette race, où est-elle? Elle est née; elle a grandi parmi nous : — y est- elle encore? Va-t-elle abolir par une concurrence inévitable les vieilles races qui lui disputent, ici, la place et le soleil? ou plutôt, comme les tribus aryennes qui ont peuplé de leurs exils tumultueux cette terre européenne où elles se sont multipliées, les familles de précurseurs qui s'agitent parmi nous, vont-elles émigrer, pour s'y épanouir plus à l'aise, sur une terre plusjeune, que ni les pieds ni les' monuments des hommes n'ont encore fatiguée? — Est-ce sans dessein que l'Histoire a déjà suscité, d'abord pour les protestants, aujourd'hui pour tant de proscrits de toutes sortes, l'asile de ces continents dépeuplés dont la découverte fut précisément contemporaine de la Réforme ? — L'Histoire est-elle comme l'Océan : laisse-t-elle à découvert après elle les terres qu'elle a submergées, pour s'étendre sur des continents, qui, depuis longtemps abandonnés des eaux primitives, ont eu le
temps de se sécher aux innombrables soleils qui se sont succédé sur eux?
Le jour nouveau, dont l'aurore ouvre au loin devant nous les perspectives ineffables, ne se couchera pas avant que la conciliation de tous les hommes se soit accomplie dans une pensée commune, où seront contenus tous les temps écoulés. Et c*est à cette fin que travaillent la science et l'histoire, celle-là eu accroissant la puissance de l'homme de toutes les puissances de la nature qu'elle absorbe en lui, et celle-ci en concentrant, dans le moment actuel où nous vivons, toute l'humanité antérieure que nous avons déjà vécue.
La dernière forme, dans laquelle l'esprit semble s'arrêter un instant, contient véritablement toutes celles qui l'ont précédée. C'est ainsi que l'homme, le dernier-né de la création, choisi pour être la demeure définitive de l'Esprit, peut être appelé l'abrégé du monde, le microsayine, comme s'exprimaient les mages. L'Inde a défini déjà cette loi du progrès : — (( Chacun des éléments acquiert la qualité de celui « qui le précède, de sorte que plus un élément est « éloigné dans la série, plus il a de qualités. » — Tel est le fond- de la philosophie et de la religion hindoues. La même idée de progrès apparaît encore manifestement dans la légende d'Hanoumioit. Le monde est figuré d'abord dans Purusha sous la forme d'un homme infini, qui se condense et se réduit en l'homme même. Tel est le mtcf^oscome hindou :
« Originairement, cet univers n'était qu'âme; rien