LIVRE TROISIÈME
ger sa forme contre la forme divine de Brahma qui, à son tour, sous l'apparence d'Hanoumat, redescendra parmi les créatures?
Plus rhomme s'approfondit, se perfectionne dans son humanité, plus il rend inutiles les autres créations de la nature. Aussi, est-ce une loi inéluctable que le développement de la race humaine rétrécit chaque jour l'espace et l'influence, conquis autrefois par les races animales. L'homme absorbe de plus en plus en lui toutes les vertus de l'univers. La science lui découvre les lois des choses et lui soumet, dans les machines, les forces de la nature; — il s'assimile ces lois et ces forces, qu'il transforme par son activité propre. — Dans l'histoire, il se reconnaît,, se définit, se possède lui-même; et en lui-môme reconnaît, définit et possède Dieu : — par' la poésie et la philosophie, il décrit et formule, féconde et développe en lui et en dehors de lui la puissance de l'esprit qui, seul, peut employer utilement les forces naturelles mécanisées, et, seul, rendre l'homme capable de concevoir et de réaliser son destin.
Un jour — je me plais à répéter cette espérance — à l'homme que nous sommes aujourd'hui succédera un être meilleur et plus parfait. Mais soyons sûrs que nous nous retrouverons en cet être, que nous le contenons en nous., que nous ne sommes qu'un moment de son existence, et que ce moment ne s'achèvera point que l'Etre éternel qui se cherche en nous ne se soit affirmé dans une nouvelle révélation, plus profonde et plus universelle.
La fin de la religion sera la fin du monde.
La pensée transforme la matière h sa volonté; la matière n'est que son image. La pensée refait inces-
• samment l'univers, et pas un atome ne reste immobile dans cet infini mouvement logique, qui enveloppe Tordre entier des. choses. Que dira de nous,
•dans quelques siècles, la science qui retrouvera nos ossements? Nous sommes encore trop près des temps, ou plutôt notre science n'a pas encore assez approfondi le lointain des âges, pour que nous puissions appi*écier les variations qui se sont produites dans notre organisation physique.
Le monde est arrivé à cette époque ou l'Idée, qui était sa force inconsciente, parvenue enfin dans l'homme à se connaître i, est devenue l'origine et le dieu d'une nouvelle création. Les combinaisons successives de la matière — et je n'entends point par ce mot ma^/^?'e la substance inintelligible des écoles matérialistes, mais le principe passif des choses, « ce qui souffre * » — ont révélé la force dynamique qui meut la nature vers sa fin nécessaire, et qui, dans l'humanité, s'apparaît à elle-même dans l'idée consciente du Progrès. Et cette pensée, conclusion du règne aveugle de la fatalité, devient, chez l'homme, le principe d'un nouveau règne. La matière subira la forme de cette Idée qui, jusque-là, était comme en-
1. A se connaître et non à se délinir. La délinition de l'idée est la fin de l'idée, son accomplissement.