‹ Le fédéralismeChapitre 75 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

gloutic en elle. Il fa,ut que l'Esprit, qui s'est dégagé successivement des mouvements du monde et des évolutions de l'histoire, se manifeste dans un nouvel univers créé à son image. — Et voilà pourquoi nous étonnerons autant les générations lointaines que nous étonnent aujourd'hui les formes d'un passé mystérieux, que le reflux des siècles nous apporte par instants.

D'ailleurs, chaque jour, ce passé perd de son mystère. Trop de sciences travaillent à l'éclaircir. On remontera regressivement toutes les générations humaines, jusqu'à ces générations monstrueuses où, sous la forme animale, plus rien de l'homme n'apparaîtra. Les sciences qui vont le plus avancer l'accomplissement de cette œuvre, sont les sciences historiques, telles que la philologie et la mythographie comparée. Quelques-uns des résultats auxquels celle-là est déjà parvenue — comme de définir, d'après l'examen des systèmes phoniques, les époques où les différentes tribus de la famille aryenne ont quitté le séjour primitif de la race et se sont séparées 1 — présagent qu'elle résoudra des problèmes encore plus obscurs, et étendra l'histoire par-delà les temps où nous n'avons encore pu pénétrer.

Les mythologies ont acquis une nouvelle signification. Le principe de leurs formes a été trouvé le même que le principes des langues. Nous savons maintenant comment ont été créés les dieux. Le

1. Bopp., Grammaire comparée. Trad. Bréal, t. I, p. G"2, Note.

sentiment religieux ne les a pas précédés; il les i\ suivis, au contraire. Ils ont étér l'occasion de ces sensations divines qui, en se rarfinant et en s'approtbndissant, ont véritablement produit la religion. Car ce n'est qu'à une époque déjà avancée dans Thistoire que le besoin de Dieu s'est éveillé et a grandi dans l'âme humaine. L'âge primitif n'a pas connu ces spéculations idéales qui transformèrent lentement en symboles ces fantômes divins qui, d'abord, n'avaient été que les images poétiques et nécessaires du langage. Le symbolisme, qu'une école avait supposé au commencement môme, n'est qu*un moment postérieur de l'histoire religieuse; il signale une époque nouvelle où l'activité morale de l'homme réduit enfin en pensées et en principes ses sensations primitives.

La religion n'est donc point le rôve de l'enfance humaine, comme quelques-uns le répètent complaisamment, un rêve qui s'évanouira dès que l'homme sera parvenu à sa maturité. Elle est, au contraire, une création de son adolescence, contemporaine du premier éveil de sa raison, et qui, éternellement féconde, se développera indéfiniment dans une série de transformations logiques.

La conclusion de ceci, c*est que le divin, qui est irrémissiblement dans l'homme et qui s'est révélé par l'histoire, se projettera sans cesse, en dehors de notre conscience, dans des formes et dans des symboles. De nouveau, l'Idée cherchera à s'incarner dans une image; la conscience humaine s'affirmera dans

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