‹ Le fédéralismeChapitre 81 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

adoraient, comme les véritables préparateurs du salut, les hommes en qui la tradition biblique avait incarné le mauvais principe? Car, enfin, supprimez Gain de l'Histoire sainte, vous supprimez Abel et sa mort providentielle; la faute d'Adam est heureuse, puisqu'elle a suscité le Rédempteur. Judas doit être vénéré ; n'est-ce point à sa trahison que nous devons le martyre de Jésus, prix de notre rachat? Le raisonnement des fatalistes est aussi profond et exorbitant.

— « C'est juste, dit Carascause.

— « Et vous croyez, reprit Lhoras, qu'une pareille doctrine a pu être sans influence? que cette idée est restée à l'état de pure spéculation dans l'école? Détrompez-vous. Cette idée a troublé et agité l'histoire de tout le xix« siècle. Elle a été souveraine maîtresse des affaires publiques et de l'opinion par ses professeurs, ses écrivains et les ministres qui l'ont portée dans le gouvernement. Pendant quarante ans, par une éducation assidue et subtile, elle a préparé et développé, dans les âmes empoisonnées, une France corrompue, égoïste, agioteuse, sophistique, infatuée de ses infirmités et de ses misères, ivre de prostitution, une France obscène, extravagante, affolée, qui s'était jetée enfin dans les bras des aventuriers et des ruffians décerabristes, dont elle fut battue et volée, pendant vingt ans, comme une courtisane. C'est une hçnte, que la postérité reprochera à l'inexcusable France du xix® siècle, qu'un moment la face louche, hébétée et sinistre du lâche héros de Décembre et de Sedan, maculée de boue et

do sang, ait pu lui ressembler!... Oui, un moment, la France a été pareille h cet être ténébreux et difforme, équivoque et monstrueux que, la Rome impériale, aux pires temps de sa décadence, aurait refusé avec dégoût; les gémonies de Vitellius se seraient indignées d'un tel Cœsar!

— a Passons, mon ami, dit Sajols. Le souvenir évoqué de cette époque nous serait un trop hideux cauchemar, qui paralyserait toute notre pensée.

— « Oui, reprit Lhoras ; il faut cependant que ceux qui nous ont fait cette destinée, soient enfin accablés de la responsabilité de leur crime. Cette idée, à qui nous devons tant de maux, c'est la bourgeoisie qui en est coupable. Il faut qu'elle le reconnaisse, qu'elle en fasse son meu culpâ, et qu'au lieu de se répandre en accusations déclamatoires contre les autres, elle s'asseie aujourd'hui, humblement, sur la sellette de l'accusé. L'idée suprême d'une race n'est que sa conscience définie. La bourgeoisie, qui se prétend avec emphase latine et romaine, et qui n'est que césarienne, formée en pleine décadence et en pleine pourriture impériales, devait finir logiquement dans cette orgie et dans celte mascarade d'empire !

Etudions donc la décadence de la bourgeoisie, qui a infesté notre pauvre pays des contagions de sa mort morale, dans cette doctrine qui en a été en môme temps le symptôme et l'agent, qui l'a annoncée et précipitée. La vanité, qui a toujours été le défaut do la bourgeoisie, est pour beaucoup dans la

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