‹ Le fédéralismeChapitre 82 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME l · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME l

création de cette doctrine dont nous nous occupons. Cette classe s'est trouvée flattée dans tous ses instincts par ce glorieux système qui faisait de son « avènement » le terme nécessaire de tout le travail des siècles. Elle mit un noble orgueil à se persuader que la fatalité, décorée du nom de Providence, s'était chargée de sa précieuse destinée. — Puisque sa domination était le but de toutes les évolutions historiques, elle n'avait pas à l'acquérir ou à la mériter par sa vertu ou par son génie : il suffisait qu'elle se confiât à la force bienveillante des choses. Dès lors, il y eut dans la bourgeoisie, comme disent les naturalistes, arrêt subit de développement. Elle s'hébêta à se goberger dans toutes les jouissances d'une vanité triviale et mesquine qui, bien vite, a atrophié en elle la pensée et la conscience. Elle s'abandonna; et, infatuée de ce destin qui ne pouvait lui manquer, elle renonça aux mérites qui lui avaient valu son triomphe et l'auraient justifié. Il ne faut pas le méconnaître : une solide éducation avait fait sortir d'elle des caractères graves et des intelligences illustres qui, respectables pour des services .réels rendus à l'humanité, furent la véritable force qui la portèrent à la domination. Mais si cette domination acquise fut une cruelle déception pour le peuple auquel on avait fait espérer le profit des principes de liberté et de justice, professés emphatiquement, elle fut pour la bourgeoisie le commencement d'une misérable décadence. Des hauteurs intellectuelles oîi s'étaient élevés quelques-uns de ses hommes j^e-

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présent atif S, comme dirait Emerson, elle s'abattit, d'un coup, dans toutes les torpeurs de Tindifférence et de l'ignorance. Elle ne fit plus rien pour maintenir en haleine la force qui la soutenait et qui, désormais fatiguée jusqu'à l'épuisement, périt, en elle, d'une vie de plus en plus diminuée et moribonde. Seule, elle ne s'aperçoit pas de son agonie qui commence par Tengourdissement des facultés morales et spirituelles. Avide, et frénétiquement, des jouissances immédiates, de l'exploitation grossière et brutale de sa victoire, elle dédaigne, comme inutile et inférieure la culture des arts et des sciences, le souci de penser et le soin glorieux d'exprimer la pensée. Elle rejette avec scandale loin d'elle, comme des avortons dont elle aurait honte, ceux qui, sortis de loin en loin de sa postérité triviale et hébétée, comme les prophètes d'une nouvelle race, ont tenté par l'art, la science ou la philosophie, une interprétation plus libre et plus haute des choses. Et elle a raison! Car ce n'est pas d'elle seule que sont nés ces précurseurs qu'elle est incapable de comprendre et dont elle s'effraie sincèrement comme de monstres. L'alliance du sang populaire, l'attirance mystérieuse de l'esprit nouveau qui, suscitant l'énergie des masses, commence à modifier l'ancien homme pour en faire une humanité nouvelle, voilà les causes qui ont créé, dans le sein ému de quelques-unes de ses femmes, ces prodiges qui la stupéfient et l'exaspèrent justement. Elle fait bien -de les renier comme des bâtards : elle n'a point en cUç la vertu d'une telle maternité.

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