‹ Le fédéralismeChapitre 83 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

C'est ainsi que cette fatale idée que : Tinstallalion et le maintien de sa suprématie sont un dessein providentiel, a hâté la déchéance de la bourgeoisie qui, d'un coup, a passé de Tâge mûr à une décrépitude sans dignité et sans honneur. L'action infatiga* ble d'une énergie généreuse et vraiment humaine pouvait, seule, justifier la souveraineté qu'elle a usurpée, et l'y maintenir par le respect et la confiance qu'elle eût inspirés au peuple. Mais qu'est-ce, à le bien regarder, que ce règne de la bourgeoisie, comme ils disent pompeusement? Une âpre curée, une lutte d'appétits voraces et rapaces, une bouscu^ lade hideuse et furieuse de tous les intérêts et de toutes les passions, un agiotage effréné, impitoyable et fantastique jusqu'à la démence ! Qu'y a-Wl à s'étonner que les occupations de la philosophie, des sciences et de l'art aieiit été délaissées comme ces besognes viles que les anciens abandonnaient aux esclaves et aux affranchis! La seule affaire pour la bourgeoisie, la seule qu'elle estimât digne d'y consacrer sa vie, était de s'enrichir et de jouir : il est tout naturel que la jeunesse dé ses fils fût dérobée aux dangereuses illusions des spéculations idéales. Ce fut le génie de sa médiocrité croissante de détériorer, petit à petit, les hautes éludes qui, autrefois, avaient fait la gloire sérieuse de ses ancêtres. Le mépris, — un mépris fait de colère^ de haine, de malignité et de sottise, — défendit leur précieuse progéniture de la séduction de l'art et de la science. La désuétude des travaux intellectuels amena^ petit à

petit, cette espèce d'hébétement satisfait et tranquille, qui va la tôte haute, hardi, assuré et tout arrogant d'une imperturbable ignorance. Si bien qu'il semble réservé à cette classe, dont les ancêtres raillaient la frivolité des gentilshommes, de dépasser, dans sa postérité, l'outrecuidance de leurs prétentions, la puérilité de leurs fantaisies, l'étourderie de leurs vices et la crapule de leurs'débauches !

Mais, comme, si bas qu'il soit, l'homme ne peut se passer tout à fait d'art, de philosophie ni de scienee, — pour savoir ce que vaut définitivement la bourgeoisie, regardez Tart qui lui plaît, celui qu'elle oppose aux aspirations de la foule ou aux audaces individuelles, voyez ces savants qu'elle a chargés oiflciellement de sauvegarder contre les entreprises de l'idée moderne la vieille masure lézardée de ses systèmes. Quant à la philosophie, ce n'est plus une pitié, c'est un écœurement! Des vieilles rengaines, nasillées et chevrotées par de vieilles têtes caduques que soixante ans de verbiages n'ont remplies que de bruits et de vent, et des jeunes cervelles, déjà surannées, vidées par toute la phraséologie dont on les a bourrées 1 — Dans tout cela et sur tout cela, le mensonge et l'hypocrisie. Car ne vous y laissez pas prendre! Ces doctrines si piteuses sont un afTublement, un accoutrement, quelque chose comme ces pagnes dont les sauvages, par pudeur, voilent leur nudité. Ce sont haillons, pailletés de pauvres clinquants et de couleurs fanées, dont la bourgeoisie tâche à cacher une plaie mystérieuse. Cette

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