LIVRE QUATRIEME
de rhommc, mais l'exploitation matérielle des forces de la nature et des forces de l'homme. C'est pourquoi elle a préféré à la langue philosophique et littéraire qui exprime des idées, à là langue poétique qui donne aux idées la vie immortelle de l'art, la langue du chiffre, qui est celle de l'intérêt et do l'agiotage. Aussi, de tous les règnes de l'histoire, le règne de la bourgeoisie a-t-il été le plus vulgaire, le plus banal, le plus triste, le plus anti-esthétique (comme dit Proudhon) et par conséquent le plus ennuyeux et le plus immoral : toute préoccupée de jouissances physiques, elle a tâché d'abaisser et de déshonorer les facultés qui procurent à Thomme les jouissances enseignantes du sentiment et de ridée ; elle a subalternisé, au profit des sciences toutes pratiques, elle a découragé, énervé, les plus belles entreprises de la pensée humaine, dans la philosophie et dans les arts. Voilà les crimes de la bourgeoisie, ceux qui lui rendront si sévère la postérité parce que, en dépit de tout, l'homme est implacable contre tout ce qui cherche à l'humilier et à l'avilir*
« — Je suis tout-à-fait de votre avis, reprit Lhoras. Mais prenons garde d'entrer dans une question d'esthétique qui nous entraînerait un peu loin. Je reprends. — C'est surtout dans ses rapports avec le peuple, et dans les moyens qu'elle emploie pour se défendre, que la bourgeoisie montre son impuis* sance. L'effroi est indicible, que lui inspire cette masse qu'elle sent au-dessous d'elle, et qui s'efforce
la soulever. Eh bien! qu'a-t-elle fait? A-t-elle compris que, parvenue à Faclmnistration souveraine des affaires, elle devait un jour déchoir de ce sommet, d'où elle-même a naguère précipité la noblesse? At-elle tâché, en conséquence, de se rendre le déclin moins rapide en tendant la main au peuple qui monte derrière elle, et en se fondant en lui, ou en le fondant en elle progressivement ? A-t-elle voulu sincèrement rinstruire et le faire participer à ses propres progrès sociaux et politiques? Après s'en être servi comme d'un bras pour chasser ses ennemis et renverser les obstacles opposés à son ascension, lui a-t-elle proposé loyalement de partager avec elle les conquêtes qu'elle n'avait faites que par lui? Point du tout. Elle n'a eu recours qu'à une politique d'expédients, de menaces et d'extermination. Elle n'a pas môme à cette heure le courage ni la générosité de rentrer en elle-même, d'avouer enfin ses torts et ses iniquités, et de tenter, à cette extrémité où la voilà parvenue, un grand acte de vertu, d'intelligence et d'abnégation, qui, la sauvant de la chute brutale vers laquelle elle est déjà penchée, lui acquerrait au moins l'honneur d'un lent et superbe déclin. — Et qu'est-ce qui lui a encore perturbé le bon sens, à ce propos? La même cause, la même irréparable infatuation systématisée en la doctrine historique du fatalisme. Bien loin de comprendre, comme la justice le lui ordonnait, les aspirations et les prétentions légitimes du peuple, elle s'est irritée de ce présomptueux nouveau venu qui menace les voluptés de àon