LIVRE QUATRIÈME
repos somptueux, qu'il paie, lui, de son sang et de ses misères ; elle se défend avec toutes les fureurs d'une religion attaquée ; et, en effet, Tattaquer n'est-ce point se révolter contre la volonté même de l'histoire, et le dessein manifeste de la Providence? De là, d'exécrables vengeances, d'inénarrables frénésies sanglantes ; un système d'exécution sommaire qu'elle n'eut même pas le courage d'accomplir elle-même. L'ancienne aristocratie, certes, ne fut pas moins cruelle ; pourtant, on ne peut lui refuser d'avoir mis la main à sa propre défense. Mais, dans nos guerres civiles, qui jamais a vu le bourgeois, dans la rue, sinon après l'action, pour achever, sur des victimes désarmées, la victoire de ses mandataires? — Mais ici, glissons : nous aurions trop à dire.
Je sens une objection; et je finirai par une réponse en quelque sorte préventive. Quelle est la classe, me dira-t-on, la caste qui se soit résignée à mourir, et qui, bénévolement, sans résistance, ait cédé la place à l'héritière que l'histoire lui imposait? Gela est vrai : mais aussi, répondrai-je, toute classe et toute caste, au moment de disparaître, a eu la révélation et comme l'avertissement de sa chute prochaine dans une doctrine, qui, s'offrant comme la conclusion, le comipendium rationnel de soi^ histoire, comme sa conscience même systématisée, l'épuisé tout d'un coup et lui crée aussitôt une fatalité destructive qui se retourne contre elle. Eh bien! la théorie, qui nous occupe, a été, pour la bourgeoisie, cettedoctrine suprême. Elle a été sa définition et son testament. C'est
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là, c'est dans les écrivains de cette école, historiens et philosophes, qu'il faut chercher la pensée de la bourgeoisie, ridée qu'elle avait elle-même de son action et de sa destinée, la fatalité qui l'a condamnée et va la détruire.
Et, comme la bourgeoisie se trouvait la maîtresse absolue de nos affaires, sa fin a été pour notre pays un cataclysme terrible, mais qui est la prophétie, le principe d'une nouvelle époque. Je dirai plus : c'est la théorie fataliste des historiens et des philosophes bourgeois qui a fait le succès de l'Allemagne et la honte de l'invasion : la fausse éducation, dont on avait tâché d'empoisonner le peuple avait réussi, il faut l'avouer, à l'embourgeoiser quelque peu. Certaines parties de la masse, celles qui touchent le plus près à cette classe maladive, commençaient à se gâter visiblement. 11 n'eût fallu qu'une ou deux générations ejicore pour faire de la France une irrémédiable agonisante qui eût fini quelque jour, dans une mauvaise aventure, obscurément et ignominieusement. Mais, là-dessus, je ne ferais que répéter notre ami. Puissé-je avoir seulement prouvé ce que je me proposais : que ces théories, trop dédaignées comme générales et tout idéales, ont sur les choses humaines une action intime et pénétrante qu'il est dangereux de méconnaître !