‹ Le fédéralismeChapitre 88 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME iS · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME iS

elle était vivante, et Lhoras s'était laissé entraîner un peu au-delà de la réalité par des considérations trop générales. D'aillevirs, Malbosc désirait qu'elle vécût encore ; il estimait que le progrès ne pouvait s'effectuer que par Taccord de la bourgeoisie et du peuple. « Le peuple est mâle, disait-il, la bourgeoisie est femelle. Il ne faut pas les séparer, mais bien plutôt les marier : la bourgeoisie fera des manières ; elle ne voudra pas; elle alléguera la mésalliance et la pudeur, etc. Il faudra qu'elle y passe et qu'elle nous procrée, malgré elle, une génération qui vaudra mieux qu'elle. On fera comme les éleveurs ; quand le taureau a sailli la vache, on frappe celle-ci sur les reins, à coups de gaule, pour que le germe reste en elle et s'accroche... La bourgeoisie nous fera des petits du peuple malgré elle ! »

« — Le mariage de la bourgeoisie et du peuple ! autant parler de l'accord du catholicisme avec la philosophie, s'exclamait Carascause. Pas d'illusion, mon amil pas d'illusion! continuait-il. Jamais la bourgeoisie ne voudra accepter notre programme. . . Il est trop contradictoire à son génie, à ses traditions, à ses intérêts... Impossible! Il faut dire, à la façon de Charles-Albert : « La democrazia farà da se, »

« — Disons comme lui, je le veux bien : mais soyons plus heureux. Je n'estime pas que Charles- Albert ait beaucoup servi son pays par cette parole que les faits ont si cruellement démentie.

« — N'agitons point cette question, je vous en prie, repartit Carasxîause avec animation. Ne l'agi-

tons point. J'ai, là-dessus, sur les affaires de l'Italie, des idées qui ne sont pas celles de tout le monde. Et elles devraient être les vôtres, vous qui êtes fédéralistes!... Je ne puis supporter qu'on dise du mal de l'Italie, ni de l'Espagne, ni du Portugal, ni de la Suisse romande, ni des Roumains, ni d'aucun peuple, enfin, de la race latine. Je les aime tous. Les insulter, c'est me manquer à moi-môme dans quelqu'un de ma famille. »

Bien que tout le monde fût de son avis, on souriait un peu de la chaleur de Carascause, d'autant que la réticence de notre ami, à propos de Charles -Albert, ne paraissait pas suffisante à la motiver.

« — A la bonne heure, cria Nabrigas; si vieux qu'il soit, l'ami I sa vertu le fait aussi jeune que le plus jeune d'entre nous. Et, pardieul j'ai envie de l'embrasser pour sa conscience, si vivante et si susceptible, de Tunité de la famille latine! Le fédéraliste a quatre patries qui forment comme autant de cercles enfermés l'un dans l'autre. La première (le cercle central), c'est la ville ou la commune ; celle-ci est englobée dans un cercle plus grand qui est la province ; la nation entoure la province qui est, à son tour, enveloppée dans la race. Moi, par exemple, je suis Avignonnais, d'abord ; puis, je suis Provençal; puis Français; et, enfin, je suis latin, roman! — Ça n'a l'air de rien, ça, n'est-ce pas? — Eh bien! au fond, c'est toute la hiérarchie de l'administration fédéraliste, laquelle commence par la commune, s'élève à la province, qui n'est qu'une confédération de

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