‹ Le fédéralismeChapitre 89 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME » 1S · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME » 1S

communes, et, passant par la nation, qui est un ensemble de provinces fédéralisées, grandit jusqu'à la race qui est la confédération de toutes les nations parentes !

« — Et l'humanité? interrompit Doulouzargues.

« — Oh I oh I rhumanité, c'est bien vaste, s'écrie Nabrigas. J'aime tous les hommes, certainement; et, demain, ils seraient tous libres et heureux, si ma puissance égalait mon désir. Mais cette charité universelle est, — aujourd'hui, du moins, — une chimère vaine, non-seulement vaine, périlleuse. A chaque temps, son œuvre. Quand la suite des progrès accomplis aura fait à notre postérité un genre humain plus uni, moins inégal de culture et d'aptitudes, et sinon effectivement fraternel, au moins capable de comprendre et de désirer la fraternité, alors ce travail incombera aux enfants de nos enfants, de fédéraliser les races dans l'unité morale du genre humain, comme il nous incombé à nous de fédéraliser, dans l'unité morale de la race latine, les différent» peuples qui la composent.

« Pour qu'ils s'allient et se fédèrent, il faut, entre les peuples, non pas certes une égalité absolue de culture, du moins une certaine sympathie de génie et de caractère, une affinité de goûts, de tendances, de pensées, (laquelle se révèle par la langue, l'art, la littérature, la philosophie); une communauté de sentiments et d'aspirations ; et, ce en quoi se résume enfin tout cela, —la force d'une tendance historique ' qui les développe vers la même fin. Il faut que cha-

cun des peuples confédérés soit une qualité diverse du même génie, une manifestation de la même pensée, une force de la même puissance; il faut que l'accomplissement d'une destinée commune associe, dans la môme passion, comme autant d'ouvrières employées à la môme tâche, leurs personnalités diverses; que chacun, tout en conservant jalousement son autonomie et son originalité propres, s'agite et se meuve cependant, dans la même impulsion, vers le môme idéal. Une confédération, c'est une constellation. La république des Etats-Unis a été bien inspirée de choisir uû drapeau étoile. — Eh bien! s'il a fallu tant de temps pour que l'histoire révélât la loi de gravitation des peuples latins, combien- en faudra-t-il pour que toute l'humanité comprenne et sente qu'elle est une constellation de constellations, emportée dans l'infini par une idée souveraine qui l'attire et la régit, comme le soleil entraîne après lui, à travers l'immensité, l'harmonieuse confédération des sphères I « — Allez donc plus loin, homme timide, cria Au- . brespy. Osez épuiser votre idée. Si, comme je vois que vous le pensez (et cette pensée n'est encore qu'un balbutiement de la science), ce monde solaire, dont nous faisons partie, ces globes associés qui gravitent avec nous autour du même soleil, ne forment qu'une même constellation, en marche, autour d'un plus puissant soleil ; si cet autre soleil est attiré lui-même, avec le cortège balancé de ses constellations innombrables, dans le mouvement d'une con-

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